Un président instable en train de perdre pied
Devoir - Publié le: 06-10-2019 - Mise-à-jour le: 06-10-2019 - Auteur: Fabien Deglise
Un président instable en train de perdre pied
Placé par les démocrates face à une enquête pouvant mener à sa destitution, Donald Trump perd depuis chaque jour un peu plus les pédales en multipliant les déclarations.
La critique acerbe a été publiée cette semaine dans les pages du magazine américain The Atlantic et elle est signée par l'avocat George Conway, voix forte dans une Amérique troublée, qui dénonce sans complaisance depuis des mois le président Donald Trump, alors que sa femme, Kellyanne Conway, est quant à elle une fidèle, parmi les indéfectibles fidèles, du milliardaire américain.
« Vous n'avez pas besoin d'être météorologue pour savoir dans quelle direction souffle le vent, et vous n'avez pas besoin d'être un professionnel de la santé pour voir que quelque chose de sérieusement grave se passe avec Trump, particulièrement après trois années à suivre son comportement instable et anormal à la Maison-Blanche », a-t-il écrit dans un long papier intitulé « Incapable d'exercer la présidence ». En gros, il y expose comment le narcissisme du bonhomme l'empêche de présider le pays dans le cadre requis par la Constitution.
« De mémoire, aucun président n'a animé autant de discussions sur son instabilité mentale et sur son rapport à la réalité », ajoute-t-il, au cour d'une semaine riche en éléments à charge pour instruire cette lecture de plus en plus lucide d'une présidence dont la folie est, elle, de moins en moins contestable.
Placé depuis le 23 septembre dernier par les démocrates face à une enquête pouvant mener à sa destitution, Donald Trump perd depuis chaque jour un peu plus les pédales en multipliant les déclarations, sur Twitter comme devant les caméras, qui témoignent autant de son manque de jugement que de l'état de panique dans lequel il semble être entré. Les propos ont oscillé entre l'agressivité, la menace, la violence et l'incompréhension d'une fonction qui est pourtant la sienne.
 
45 %
C'est la proportion des électeurs américains qui donnent leur appuis à une procédure de destitution du président américain.
Lundi, Donald Trump a suggéré d'arrêter pour « trahison » le président du Comité du renseignement à la Chambre des représentants, Adam Schiff, un des trois comités chargés de piloter et de documenter les procédures visant à mettre fin à une présidence que les démocrates jugent dangereuse et inquiétante pour l'avenir du pays et pour la démocratie. La veille, il a cité un pasteur baptiste sur les risques de « guerre civile » induits, selon lui, par les procédures d'impeachment en cours.
Rappelons que jusque-là, la démarche n'avait reçu que peu d'appui au sein du caucus démocrate. Le dévoilement, mi-septembre, du résumé d'une conversation téléphonique entre Donald Trump et le président ukrainien Volodymyr Zelensky a donné du corps à la contestation et a mis en marche la procédure. Lors de l'échange, qui s'est joué en juillet, Trump a pressé son homologue d'enquêter sur Joe Biden, l'ex-vice-président et possible candidat démocrate à la course à la présidence de 2020. Cette utilisation du pouvoir exécutif pour alimenter une enquête politique visant à porter atteinte à un opposant a été qualifiée de « menace pour la sécurité nationale » par les démocrates. Les universitaires, eux, y voient une transgression de la règle de la séparation des pouvoirs, fondement des États de droit. Le ministre de la Justice, Bill Barr, et l'avocat personnel de Trump, Rudy Giuliani, sont compromis dans la conversation.
Des tweets agressifs
Mardi, le 45e président des États-Unis n'a pas eu peur de comparer cette enquête à un « coup d'État », même si la procédure, légale, est enchâssée dans la Constitution américaine. « J'en arrive à la conclusion que ce qui est en train de se passer n'est pas un impeachment, c'est un COUP D'ÉTAT visant à prendre le pouvoir du peuple, son vote, ses libertés, son deuxième amendement [de la Constitution], sa religion, son armée, son mur à la frontière et les droits qui lui ont été donnés par Dieu en tant que citoyen des États-Unis d'Amérique ! », a-t-il écrit dans une série de tweets agressifs.
 
Dans cette communication sans filtre, le président a également menacé à mots couverts le lanceur d'alerte, qui a mis les projecteurs sur la nature délicate et problématique de l'échange entre Trump et Zelensky. Il s'agit d'un employé de la CIA travaillant au sein du personnel de la Maison-Blanche. Trump l'a traité d'« espion » et a cherché à connaître son identité pour « rencontrer son accusateur », a-t-il indiqué, avant que l'avocat dudit « accusateur » ne rappelle au président que la loi protégeait l'identité des lanceurs d'alerte aux États-Unis. « Et ce, sans exception pour personne », a dit Mark Zaid.
Un appel à la Chine
Faisant l'objet d'une enquête pour avoir dépassé les limites de ses fonctions, abusé de son pouvoir dans le but d'obtenir des informations pour attaquer un opposant politique et pour des gestes aux accents possiblement criminels, Donald Trump a d'ailleurs reconfirmé jeudi son rapport singulier à la réalité en demandant à la Chine, lors d'un point de presse dans les jardins de la Maison-Blanche, d'enquêter elle aussi sur la famille Biden. Une demande qui a jeté l'effroi tant dans les rangs démocrates que républicains, où les voix dissidentes, même si elles sont toujours rares, se font de plus en plus entendre.
 J'en arrive à la conclusion que ce qui est en train de se passer n'est pas un impeachment, c'est un COUP D'ÉTAT visant à prendre le pouvoir du peuple
- Donald Trump
 
« Les républicains doivent condamner sans équivoques [ces déclarations] inacceptables, a indiqué l'ex-représentant républicain de la Floride Carlos Curbelo cette semaine. Le temps commence à manquer pour ceux et celles qui veulent se placer du bon côté de l'histoire. » « Mes amis républicains, le temps est venu de mettre votre carrière en jeu au nom de vos principes », a résumé pour sa part l'ex-sénateur républicain de l'Arizona Jeff Flake dans une lettre publiée dans les pages du Washington Post. « Que vous pensiez ou non qu'il mérite d'être destitué, vous savez qu'il ne mérite pas d'être réélu [.]. Notre pays va avoir d'autres présidents. Mais nos principes, eux, ne sont pas interchangeables. À ceux qui veulent faire de l'Amérique une priorité, il est crucial, à ce moment dans la vie de notre pays, que nous agissions. »
Même le très influent réseau Fox News, promoteur d'une idéologie de droite et proche du président, a fait résonner cette semaine une tonalité moins douce aux oreilles de Donald Trump par la plume de son analyste Andrew Napolitano, sur le site Web du puissant média. Selon lui, Trump s'est placé en situation de « délits » justifiant une destitution. Il a également dénoncé la « rhétorique belliqueuse » du président, à la « dangerosité palpable », comme cette référence à la guerre civile qui peut agir « comme un sifflet à ultrason » chez les « dérangés », selon lui.
Un vent qui tourne
« Même en ayant qu'un brin d'esprit critique, vous ne pouvez pas être témoin des dernières déclarations de Donald Trump et penser que quelqu'un comme ça est président des États-Unis », a résumé John Stipanovich, vieux routier de l'organisation politique républicaine en Floride.
Si le vent commence à tourner dans les rangs républicains, le mouvement de rotation se fait également sentir dans l'opinion publique. Jeudi matin, un sondage USA Today-Ipsos révélait en effet que 38 % des Américains étaient opposés à la procédure de destitution. En juin dernier, ils étaient 62 %. L'issue de la démarche, même si elle reçoit l'appui de 45 % des électeurs, reste toutefois incertaine. La destitution doit être appuyée par les deux tiers du Sénat, à majorité républicaine. «
Tout ça va mal finir, a estimé toutefois le chroniqueur Charles M. Blow dans les pages du New York Times jeudi. Trump déteste au plus haut point être humilié et bafoué publiquement. Il a toujours cru qu'il pouvait contrôler le message, même s'il ne peut pas contrôler les faits. Les faits importent peu pour cet homme. » Jeudi, la publication de messages textes échangés entre des représentants de l'Ukraine et des États-Unis ont confirmé les pressions exercées par Trump sur Zelensky. Sur Twitter, le président a, comme toujours, nié ces évidences et maintenu qu'il était victime d'une chasse aux sorcières.
Rédigé par: Lago Tape   le: Lundi 7 Octobre 2019
Il est peu probable que cette procedure d'impeachment aboutisse. Le Senat est majoritairement Republicain.L'economie americaine se porte bien. On est en situation de plein emploi et le taux de chomage est de 3,5%.C'est du jamais vu en cinquante ans.