Industrie Cacaoyère : «Sur 100 milliards de dollars que génère le cacao seulement 5% reviennent aux producteurs. C'est un scandale, cette donne doit changer » (Aly Touré, représentant permanent ICCO)
Abidjan.net - Publié le: 10-09-2019 - Mise-à-jour le: 10-09-2019 - Auteur: JOB
Industrie Cacaoyère : «Sur 100 milliards de dollars que génère le cacao seulement 5% reviennent aux producteurs. C'est un scandale, cette donne doit changer » (Aly Touré, représentant permanent ICCO)
Aly Touré, Représentant Permanent de la Côte d'Ivoire auprès des Organisations Internationales de Produits de Base, porte-parole des pays exportateurs de cacao au sein de l'Organisation Internationale du Cacao (ICCO).
La cérémonie d'ouverture de la 100ème session du conseil international du cacao a été présidée dans la matinée de ce mardi 10 septembre, à l'auditorium du centre de conférence du ministère des Affaires étranges, par le vice-président, Daniel Kablan Duncan.  

Cette rencontre a été rehaussée par la présence de plusieurs personnalités dont le ministre du Commerce et de l'Industrie, Diarrassouba Souleymane, le président du Conseil international du cacao (ICCO), Philipe Fontayne, le porte-parole des producteurs, importateurs et transformateurs du cacao, Régis Meritan et le représentant permanent de l'ICCO, Aly Touré.

Plus d'une cinquantaine de producteurs, importateurs et transformateurs de cacao, venus des quatre coins du monde, ont pris part à cette rencontre d'Abidjan, dans le but de définir des stratégies de sauvegarde de la filière café-cacao, et surtout de prendre des mesures idoines pour l'amélioration du prix de ces produits aux fins d'en faire tirer profit aux producteurs.

Face aux défis auxquels se trouve confrontée l'industrie cacaoyère à savoir, le changement climatique, la valorisation du cacao, la volatilité des coûts et la promotion des produits du cacao, le Vice-président a invité l'ensemble des producteurs, transformateurs et tous les intermédiaires de l'industrie mondiale du cacao, à tout mettre en ouvre afin que le cacao puisse produire des revenus rémunérateurs aux producteurs.

Il a insisté sur la nécessité pour les acteurs de l'industrie cacaoyère à rechercher et trouver des solutions et alternatives durables à la problématique de la volatilité des coûts du cacao.

« Car un juste prix est indispensable pour favoriser la consommation sans décourager les producteurs. Il ne fait aucun doute que les producteurs et les consommateurs sont liés dans un partenariat gagnant-gagnant pour assurer la viabilité et la durabilité de l'industrie cacaoyère », a-t-il fait savoir. Selon lui, la durabilité de l'industrie cacaoyère est liée à ce que toutes les parties prenantes dans la filière puissent en tirer un revenu décent.

Au nom du collège des producteurs de Côte d'Ivoire, le représentant permanent de l'ICCO, a tenu avant toute chose, à remercier le gouvernement pour les efforts consentis pour la délocalisation du siège de l'ICCO à Abidjan en 2017, ainsi que des personnalités présentes qui ont contribué à la signature de l'accord de siège.

Selon lui, sur 100 milliards de dollars que génère l'industrie du cacao seulement 5% reviennent aux producteurs. « C'est un scandale », s'insurge-t-il. Au niveau de l'ICCO, le plan stratégique quinquennal qui sera adopté au cours de cette session ou plus tard et d'autre part grâce à l'accord entre la Côte d'Ivoire et le Ghana, « cette donne doit changer et elle changera », a-t-il promis.


JOB
Rédigé par: Diarrasse Napie   le: Mercredi 11 Septembre 2019
Le chocolat devient de plus en plus un produit de luxe pour la majorité des consommateurs. Le prix d'une boîte de chocolat avec un assortiment de 24 pièces peut dépasser 20 dollars même 35 dollars chez un confiseur réputé. Mais de l'autre côté de la chaîne, en Côte d'ivoire, la situation est bien différente. On estime que 80 % des producteurs de cacao, soit environ 4 millions de personnes avec leur famille, vivent avec moins de 3 dollars par jour. Le calcul est vite fait : ce montant leur permettrait tout juste d'acheter deux pièces de l'assortiment de 24 pièces. C'est pour cela que certains parlent de la « malédiction de l'or brun » en CI. Pour qu'un producteur puisse vivre mieux, il faut qu'il gagne plus, ce qui n'a pas été le cas des producteurs ivoiriens au cours des dernières décennies. Force est de constater que chaque producteur n'a pas vendu plus (à cause de rendements constants et de l'augmentation du nombre de producteurs) et que le prix du cacao à l'exportation a suivi une tendance à la baisse depuis 1960, surtout après la flambée du milieu des années 1980. De surcroît, les producteurs ivoiriens ne touchent que 60 % du prix à l'exportation en raison de frais de commercialisation intérieure excessifs et d'une lourde fiscalité, alors que leurs homologues au Cameroun et au Nigéria en retirent plus de 80 %. La situation actuelle des producteurs de cacao en Côte d'Ivoire n'est donc guère réjouissante, mais les tendances qui se dessinent sont encore plus inquiétantes. Du côté de la demande, les nouvelles exigences sociales (contre le travail des enfants) et environnementales (contre la destruction des forêts) de la part des consommateurs vont augmenter le coût pour les producteurs qui doivent à présent certifier leur cacao à travers des mécanismes de surveillance de plus en plus sophistiqués. Les goûts des consommateurs évoluent aussi vers le chocolat de luxe, ce qui n'est pas une bonne nouvelle pour la CI dont la qualité du cacao n'est pas la meilleure.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 11 Septembre 2019
A qui la faute (de ce scandale) ? est la vraie question qu'il faut se poser: La Côte d'Ivoire assure 40 % de l'approvisionnement mondial en cacao (fèves en vrac) mais ne reçoit que 5-7 % des gains générés par cette filière au niveau mondial, qui proviennent essentiellement de la transformation et de la distribution. Ainsi, bien que ce secteur emploie près d'un million de producteurs et fournit un revenu à 1/5 de la population ivoirienne, il n'a guère contribué à l'enrichissement du pays. On estime que 54,9 % des producteurs de cacao ivoiriens et leurs familles, vivent aujourd'hui en dessous du seuil de pauvreté. Par ailleurs, ces deux dernières décennies ont été marquées par une prise de conscience écologique et sociale des consommateurs qui sont devenus plus exigeants, après que de nombreuses enquêtes aient montré le rôle néfaste de la production de cacao sur la déforestation et la présence d'enfants travaillant souvent dans des conditions de travail extrêmement pénibles dans les plantations de cacao.