Le puissant message du cacao aux élites ivoiriennes
Koffi Alle - Publié le: 22-06-2019 - Mise-à-jour le: 22-06-2019 - Auteur: Koffi Alle
Le puissant message  du cacao aux élites ivoiriennes
Ceci est une révolution! L'évenement d'il y a une semaine, passé presque inaperçu dans les medias ivoiriens, aurait pourtant bien mérité la fameuse formule que Steve Jobs utilisait pour présenter sa merveille nommée I-phone. Le Mercredi 12 Juin dernier, pendant que les Ivoiriens se tiraillaient sur les réseaux sociaux sur qui de messieurs Soro ou Soumahoro serait président de l'APF et d'autres immenses sujets de ce genre, une petite révolution se produisait dans l'industrie mondiale du cacao dont dépend l'économie de leur pays. Les grands chocolatiers et autres acheteurs du cacao acceptaient de payer le cacao au prix minimum de 2600 $ la tonne comme l'exigeaient la Côte d'Ivoire et le Ghana. Les deux pays qui pèsent 60 % de l'offre mondiale du cacao, ayant formé une coalition quelques jours plus tôt, venaient ainsi de remporter une victoire historique, presque sans bataille! 
 
Les acheteurs se sont pliés à la menace verbale des deux grands producteurs de ne pas vendre leur cacao tant qu'il n'était pas acheté au prix minimum qu'ils ont fixé! Comme l'aurait dit mon neveu Vetcho à Adjamé, "Zyeux connait sac de cacao qui est lourd!" Quoiiii!? Ils ont accepté, comme ça! même pas des semaines, des mois de négotiations! Nanan Houphouet-Boigny doit se retourner dans sa tombe! Lui qui pendant plus de 30 ans de règne a blamé les "spéculateurs sans foi ni loi" qui déterminaient le prix mondial du cacao à partir des bourses de Londres et de New York! 60 ans que mon oncle Gnaadjo, scotché à sa vieille Radio Transistor, à chaque ouverture de campagne, entend les mêmes jérémiades des élites ivoiriennes sur "la détérioration des termes de l'échange", responsable de la mévente de son cacao et de sa situation de pauvreté! 60 ans! Woobou! 
 
Or donc, depuis 1960, les leaders de la Côte d'Ivoire et du Ghana pouvaient juste traverser la frontière Noé-Elubo, et autour d'un plat de "Dokloun", élaborer des stratégies pour faire du marché international du cacao, ce qu'ils voulaient! Comment diantre, avons-nous mis 60 ans pour comprendre qu'en totalisant, à deux, 60% de l'offre d'un produit, nous devions être "price maker" et non "price taker"! Comment diantre! Où en serions-nous aujourd'hui si, comme les producteurs de pétrole avec leur OPEP, nous, Côte d'Ivoire et Ghana, avions fait il y a 20, 30 ans ce que nous venons de réussir si facilement aujourd'hui? Sans aucun doute, les magasins de stockage statégique pour controler l'offre de cacao seraient le long de notre frontière commune, les usines de chocolat seraient à Aboisso et Elubo, et nous dominerions aujourd'hui les chaines de valeur mondiales du cacao.
 
La révolution douce qui vient de se passer sur le marché du cacao envoie un message fort aux élites ivoiriennes, aux élites africaines: Prenez l'initiative pour votre developpement!  Aimé Césaire considérait la perte de l'initiative de la part des élites africaines comme le pire effet de long terme que la colonisation a produit sur nos pays. Réveillons nous et donnons tort à Cesaire! Personne dehors ne nous donnera rien sur un plateau d'argent! Les autres sont allés à l'ecole, nous sommes allés dans les mêmes écoles. Utilisons le cerveau de nos enfants; ils sont brillants, ils sont partout, dans tous les domaines de compétence, mettons les autour de la table pour penser tous les aspects de notre développement. Arrêtons de pleurnicher, arrêtons de tout rejeter sur les autres y compris les choses que nous n'avons même pas tenté de changer. Comprenons le fonctionnement du monde, de l'économie moderne et élaborons des stratégies pour avancer dans cette marre mondiale aux crocodiles. Aucune nation dans l'histoire ne s'est développée sans adversité. Et aucune des adversités qui se présentent à nous aujourd'hui, n'est au dessus de nos intelligences. Arrêtons nos batailles de chiffonniers au sein d'une même nation! Soyons forts ensemble à l'interieur pour établir des unions fortes avec d'autres nations africaines et remporter des victoires comme cette victoire du cacao! Et méritons ainsi de la sueur et du sang de nos paysans et de nos pères fondateurs!
Koffi Alle 
 
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Dimanche 23 Juin 2019
En effet, je peux apporter un bémol : "avant", on pouvait fabriquer des produits similaires au chocolat, contenant des graisses autres que du beurre de cacao. Seulement, dans l'UE, il était interdit de vendre ces produits sous le nom de chocolat. Ce qui a changé, c'est que l'UE en a donné l'autorisation, au grand dam des "vrais" chocolatiers, qui fabriquent leurs produits de manière artisanale avec 100% de cacao, et les vendent à des prix beaucoup plus élevés, que les consommateurs abusés et mal informés ont tendance à considérer comme exagérés et injustifiés, alors qu'en réalité, il ne s'agit pas du tout du même produit.
Rédigé par: Lago Tape   le: Dimanche 23 Juin 2019
BI Michel: Forestier de Lahou a raison. Avant le 15 mars 2000, il était interdit de commercialiser au sein de l'UE du chocolat contenant des matières grasses autres que le beurre de cacao. Mais les américains ont attaqué l'Europe devant WTO pour concurrence déloyale et ainsi la règlementation européenne en ce qui concerne le chocolat a évolué. La réglementation des matières grasses végétales autres que le Beurre de Caca : Depuis le 15 mars 2000 : le chocolat comportant des matières grasses végétales autres que le beurre de cacao, en complément de celui-ci, aura droit d'être fabriqué et commercialisé dans toute l'Union Européenne. Les principales dispositions de la nouvelle réglementation du chocolat : - Pour l'essentiel, la législation antérieurement applicable est maintenue en ce qui concerne la définition et le classement des différentes sortes de chocolat : chocolat, chocolat au lait, etc. - Il en est de même s'agissant de l'addition de matières comestibles (miel, fruits secs, céréales, etc.) qui demeure autorisée dans une certaine limite (40% du poids du produit fini). Sont toujours interdites les additions de graisses animales, de farine et d'amidon, ainsi que l'usage d'arôme imitant la saveur du chocolat ou du lait. - La mention obligatoire de la teneur en cacao est maintenue et les dispositions générales en matière d'étiquetage sont imposées au chocolat..
Rédigé par: BI MICHEL   le: Dimanche 23 Juin 2019
Forestier de Lahou il ne faut pas être fanatique. l'UE n'a pas autorisé l'introduction de "graisses végétales" autres que le beurre de cacao. Cela se faisait déjà mais dans une proportion qui était grande et c'est justement pour lutter contre cela que l'UE a fixé un maximum.
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Dimanche 23 Juin 2019
Il ne faut pas crier victoire trop tôt, surtout en n'ayant pas réellement combattu. Les lois du marché restent les lois du marché et il faut s'attendre à un retour de bâton. Personnellement, depuis que l'UE a autorisé l'introduction de "graisses végétales" autres que le beurre de cacao (huile de palme et de coco) dans le chocolat, j'ai totalement arrêté d'en consommer (et a fortiori, d'en acheter). Les industriels sont des filous, ils s'arrangeront pour acheter la matière première au prix qui leur convient, soit en s'approvisionnant sur d'autres marchés, soit en spéculant à la baisse, et, si nécessaire, ils feront en sorte de diminuer la proportion de cacao dans leurs productions. Les responsables semblent oublier deux choses : 1) on ne peut pas aller contre les lois du marché et 2) le chocolat n'est pas indispensable, on peut parfaitement vivre sans.
Rédigé par: J C N   le: Dimanche 23 Juin 2019
@Marcellin Allé Koffi: N'exagérons pas les faits. Cela aurait été une victoire si l'argent du prix plancher allait dans la poche du paysan et non pas dans les caisses du Conseil Café + cacao.
Rédigé par: Lago Tape   le: Samedi 22 Juin 2019
Marcellin Koffi Allé: La limite de cette décision conjointe Ghana-Côte d'Ivoire (de suspendre temporairement les ventes de cacao pour atteindre le prix plancher voulu) est qu'aujourd'hui, 80% des stocks de cacao sont localisés dans les pays consommateurs, et non pas au Ghana et en Côte d'Ivoire, les deux plus grands producteurs mondiaux. Les stocks mondiaux étaient estimés à 4,79 millions de tonnes au premier trimestre 2019. Sur les 100 milliards de dollars US que représente le marché mondial du chocolat, seuls 6 milliards reviennent aux agriculteurs. (1) C'est que (malgré les beaux discours volontaristes sur la "transformation structurelle des économies ivoiriennes et ghanéennes"), les PME-PMI ivoiriennes et ghanéennes ne sont pas encore engagées sur la voie de la transformation du cacao en beurre de cacao, poudre de cacao, en chocolat, boissons alcoolisées et non alcoolisées à base de cacao, cosmétiques à base de cacao. Mêmes les cabosses vides de cacao peuvent être transformées en charbon-bio ou en combustibles pour centrales thermiques. (2) Le Ghana et la Côte d'Ivoire sont les pays qui détruisent (le plus vite) leurs forêts pour y planter du cacao et ainsi, les parcs nationaux ivoiriens et les forêts classées ivoiriennes (illégalement occupées) produisent un surplus de cacao. Oui, l'offre de cacao (et aussi de café) est surabondante, ce qui joue sur les prix (qui sont à la baisse). (3) Rien ne nous prouve qu'une augmentation des prix du cacao ira dans la poche des paysans ghanéens et ivoiriens. En effet, quand les prix étaient plus élevés, l'argent est allé sur un fonds-séquestre BCEAO géré par le Conseil Café-Cacao dont l'ex DG Toure-Litsé a été limogée pour mauvaise gestion. Bref, en dépit de tous les discours sur l'extrême pauvreté des paysans qui est bien réelle, toute augmentation du prix du cacao n'ira pas forcement dans la poche des paysans ivoiriens et ghanéens.