" La France est coincée au Mali "
lanouvellerepublique.fr - Publié le: 14-05-2019 - Mise-à-jour le: 14-05-2019 - Auteur: lanouvellerepublique.fr
L'Afrique de l'ouest est en proie à une instabilité grandissante et à la pression de groupes djihadistes. Cinq pays de la zone, au sein du G5 Sahel, tentent de monter une force multilatérale de plus de 4.000 hommes pour prendre le relais de la mission de maintien de la paix des Nations unies. Au centre du jeu, se trouvent la France et son armée à travers l'opération Barkhane (4.500 soldats).
La frontière du Bénin. « Le Niger est en difficulté, mais son armée tient bon alors que le pays doit faire face à trois fronts, explique Serge Michailof, chercheur associé à l'Iris. L'armée de Mauritanie a remis de l'ordre dans le pays et le Tchad, même s'il compte encore des opposants exilés au Soudan, est tenu. Le Burkina est en train de s'effondrer. »
 
Cet ancien directeur des opérations de l'Agence française de développement et à la Banque mondiale, estime que « l'armée burkinabe n'est pas équipée, pas motivée et pas entraînée. L'administration est aussi défaillante, notamment depuis le départ de Blaise Compaoré dont le système de renseignement, les relations et les deals passés avec certains groupes maintenaient de la stabilité. [.] La frontière du Bénin est vérolée, les djihadistes opèrent en moto ou en pick-up, ils mènent des raids de 300 km. »
Les difficultés du Mali. Cependant, selon lui, « le vrai cancer, c'est le Mali. Il n'y a plus d'État, plus d'administration territoriale, plus de préfets, plus de gendarmes qui se sont repliés dans les grandes villes. Dès que vous sortez de Bamako, vous courrez des risques. » Les différents avec les Touaregs au nord du pays ne sont plus les seules difficultés. « De vieilles querelles ont dégradé la sécurité du centre du Mali, explique l'expert. Entre les Peuls, les Dogons et les Bagandas. Tous ont aujourd'hui des kalachnikovs et les expéditions punitives font cinquante, cent morts. Et tant que le président n'aura pas compris qu'il lui faut une administration solide et une armée constituée au mérite, rien ne sera réglé. »
> La pression des djihadistes. Pour Serge Michailof, « la France est coincée au Mali. Si elle se retire, personne ne peut aujourd'hui la remplacer [.] Il faudrait que la France retire symboliquement une partie de ses troupes pour pousser le gouvernement à réagir. Surtout que l'agitation anti-Français se développe peu à peu, que s'il y a une bavure elle est aussitôt exploitée. Les djihadistes sont bien organisés, communiquent bien » et attisent les braises.
lanouvellerepublique.fr
Rédigé par: Forestier de Lahou   le: Jeudi 16 Mai 2019
La France n'est pas coincée, elle est embourbée et dans la plus mauvaise des situations imaginables. Si elle ne fait rien, on va l'accuser d'abandon, de laisser-faire, voire d'action négative, et si elle fait quelque chose, on va la taxer d'ingérence et/ou de néocolonialisme. Une situation merveilleuse, un partenariat gagnant-gagnant-gagnant pour les états faiblards et laxistes de la région sahélienne. La France ferait mieux d'adopter la position de la Chine, qui se contente de faire du business de manière totalement décomplexée tout en faisant croire aux pays concernés que c'est pour leur bien.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mardi 14 Mai 2019
(SUITE): En Libye comme au Mali, la France joue un double jeu : Toutes choses égales par ailleurs, ce double jeu français - soutien aux autorités légales, appui à des forces rivales jugées capables de contribuer à la lutte antiterroriste - n'est pas sans rappeler ce qui se passe au Mali depuis des années. En janvier 2013, Paris avait justifié l'opération « Serval » par la volonté d'aider le gouvernement de Bamako à recouvrer l'intégralité de son territoire, dont les deux tiers étaient tombés sous le contrôle de groupes djihadistes et touareg séparatistes. Cette opération fut rondement menée : en quelques mois, Paris put clamer victoire et remettre les clés du pays au gouvernement, dirigé depuis l'été 2013 par Ibrahim Boubacar Keïta. Effet boomerang: Mais des tensions ont rapidement fait leur apparition entre les deux alliés. Nul n'ignore à Bamako que dans l'extrême-nord du Mali, l'armée et les services de renseignement français s'appuient sur des réseaux touareg pour traquer les chefs djihadistes qui ont réussi à passer entre les mailles des opérations « Serval » puis « Barkhane » (depuis 2014) et pour tenter de retrouver la trace d'otages français. Or, bien plus que des groupes djihadistes perçus comme une menace exogène et conjoncturelle, ces groupes touareg qui cherchent à s'émanciper de la tutelle de Bamako depuis l'indépendance du Mali, en 1960, représentent le principal danger aux yeux des autorités locales.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mardi 14 Mai 2019
La France n'est pas du tout coincée au Mali. En Libye comme au Mali, la France joue un double jeu ».En effet, à Tripoli et Bamako, Paris soutient les autorités légitimes tout en apportant son aide à des forces rivales jugées plus à même de lutter contre le terrorisme, observe notre chroniqueur.Ce double jeu a éclaté au grand jour dans l'est du pays, il y a près de trois ans. Le 17 juillet 2016, un hélicoptère transportant trois sous-officiers français s'écrasait dans la région de Benghazi, le fief de Khalifa Haftar. Rapidement, et contrairement aux usages habituels (sans doute pour éteindre les rumeurs), le ministère français de la défense reconnaissait leur mort dans un communiqué laconique, précisant que les trois hommes étaient « en service commandé ». En clair, il s'agissait d'agents du service action de la DGSE, le renseignement extérieur français.Fureur à Tripoli, car au même moment des soldats des forces spéciales françaises ouvraient aux côtés des troupes du gouvernement légal, lequel ignorait tout des agissements de la DGSE dans l'est. Le Commandement des opérations spéciales (COS) fut alors obligé de « démonter » dans l'urgence son dispositif, comme le confiait par la suite l'un de ses hauts responsables*. Autrement dit, de plier bagage. Cet épisode provoqua aussi de fortes tensions à Paris, où le COS reprochait à la DGSE, dirigée alors par Bernard Bajolet, de faire cavalier seul dans une totale opacité.Malgré ces poussées de fièvre récurrentes, Paris n'a pas vraiment d'états d'âme et assume ce double jeu, dicté par les circonstances. Face à la montée en puissance du groupe Etat islamique (EI) dans l'est de la Libye, la France a fait un choix stratégique depuis plusieurs années. Elle s'est résolue à soutenir discrètement Khalifa Haftar pour tenter de réduire la menace terroriste.