Makani Diaby (Sénatrice) «Ma réflexion sur la diaspora ivorienne»
fratmat.info - Publié le: 09-05-2019 - Mise-à-jour le: 09-05-2019 - Auteur: Makani Diaby
Makani Diaby (Sénatrice) «Ma réflexion sur la diaspora ivorienne»
Selon le rapport 2019 de la Fondation Mo Ibrahim publié ce mois d'avril intitulé « La jeunesse africaine: Migration faute d'emploi?» les africains (80% d'entre eux) quittent les siens pour d'autres cieux pour des raisons économiques et sociales.  De ce point de vue, l'on ne devrait plus croire que l'insécurité est la première cause des migrations parce qu'il ya seulement 20% des africains qui fuient, pourrait-on dire, leurs pays pour échapper à une violence quelquonque qui menace leur sécurité. Cette perspective de chiffres fait même dire à la Foundation qu'il n'ya pas «d'exode massif» sur le continent africain parce que les africains constitueraient, selon leur decompte, qu' «environ 14% des migrations mondiales,» un chiffre qui ne devrait alarmer personne. C'est pour cela que notre ministre du Pétrole, de l'Energie et des Energies renouvelables, Abdourahmane Cissé, a coupé tout court en disant qu'« il n'y a pas de problème de migration à l'heure actuelle, de façon relative ».
Avec tout le respect que je dois à la Fondation Mo Ibrahim pour les services innombrables qu'elle nous rend, nous africains, je voudrais demander la permission d'offrir une autre réflexion et perspective: un voyage dans l'histoire pour découvrir les raisons profondes des migrations africaines et des constitutions de diasporas africaines à travers le monde. Je ne serai pas longue ici, étant donné que j'aurai l'occasion de me pencher sur cette question avec vos lecteurs pendant la durée de mon mandat de Sénatrice auprès de la diaspora ivoirienne que le Président Alassane Dramane Ouattara m'a fait le grand honneur de me confier.
Simplement définie, une diaspora est une population vivant hors de son domicile ancestral. Pour le moment donc, je voulais faire noter qu'il ya trois types de diaspora africaines: la diaspora involontaire, la diaspora coloniale, et la diaspora volontaire.
 
1. La diaspora involontaire est l'ensemble des populations africaines arrachées de forces à leurs terres ancestrales par l'esclavage et dont les descendants vivent aujourd'hui de manière involontaire dans les pays étrangers européens, américains, et au moyen orient. En d'autre termes, personne n'a jamais consulté ces africains et leurs descendants sur les conditions de leur deplacement pendant l'esclavage entre le 15e et le 19e siècle et de leur maintien dans ces pays étrangers jusqu'à nos jours.
 
2. La diaspora coloniale
La diaspora coloniale était une diaspora formée autour de l'école. En ce qui concerne les africains de l'afrique de l'ouest sous colonie française, les enfants des six colonies de l'AOF (Sénégal, Niger, Mauritanie, Guinée, Côte d'Ivoire, et le Benin actuel) partaient apprendre à être enseignants ou médecins à l'école William Ponty à Gorée au Sénégal. Cette situation a prévalu de 1903 jusqu'aux indépendences des années 60. C'est bien là que le père fondateur de notre chère Côte d'Ivoire indépendante, le Président Félix Houphouët-Boigny, fut ses premiers pas académiques et diasporiques. C'est là l'origine de la première diaspora ivoirienne.
 
3. Contours de la diaspora volontaire ivoirienne
La diaspora volontaire est la continuité de la diaspora coloniale. C'est l'ensemble des éduqués dans les écoles à travers toute l'afrique qui vivent dans les anciennes métropoles ou qui rêvent d'y vivre pour des raisons économiques comme l'a revelé la Fondation Mo Ibrahim, mais aussi pour des raisons historiques de prestige.  En d'autre termes, les africains quittent l'afrique parce qu'ils veulent du confort économique qu'offre l'Europe (cela a toujours été la première raison pour laquelle les africains envoyaient leurs enfants à l'école même si cela relevait plus d'un fantasme que d'un réalisme); mais, ce que beaucoup d'analystes oublient plus de 50 ans après nos indépendances, est que cette première raison est devenue une tradition et une affaire de prestige dans la tête des africains qui ignorent cette histoire. En effet, la volonté de migration vers l'occident est plus motivée par le prestige d'y être que par les bénéfices financiers réels que ces migrants en tireront. Cela dénote que l'une des raisons principales de cette migration vers l'occident est plus pour des raisons de prestiges que pour des raisons financières. Nous comptons organiser des colloques sur cette question de l'influence de l'héritage colonial sur les mentalités pour diagnostiquer les problèmes et proposer des solutions durables. Nous estimons donc que la migration africaine est un problème très grave pour le développement de nos pays. La plupart des ivoriens en occident vivent plus d' un fantasme hérité de la colonisation que d'une saine appréciation de leurs meilleurs intérêts.
 
En définitive, c'est notre prise de conscience de l'héritage colonial qui va nous permettre de freiner les migrations suicidaires vers les anciennes métropoles. C'est à ce prix que nous sauverons la diaspora volontaire dont je suis temoin et dont je fais partie.
En plus des emplois qui seront créés, nous devons urgemment nous poser la question de savoir comment renverser la tendance où les Africains sont orientés vers l'extérieur et leur permettre de rester chez eux.
La politique, disait le penseur americain Harold Lasswell, est « qui gagne quoi, quand, et comment ». J'ajouterais donc qu'en politique, il ya deux strategies pour atteindre ce qu'on veut gagner: l'une est de recourir à des elections pendant lesquelles les administrés choisissent leurs représentants qui vont défendre leurs intérêts connus. L'autre est pour les élus de nommer des collaborateurs chargés de refléchir sur des questions jamais posées ou de trouver des solutions jamais envisagées. Ma nomination, par le Président de la République, S.E.M. Alassane Dramane Ouattara fait partie de cette deuxième catégorie. C'est bien la première fois dans l'histoire moderne de notre pays que la diaspora ivoirienne sera représentée au parlement. L'action du President Ouattara est d'autant plus unique que l'on demandera à une diaspora (volontaire ou involontaire) les raisons de son arrachement à la terre ancestrale mais surtout les raisons et les conditions de son maintien à l'étranger. Les implications de ces questions pour le dévelopment de notre pays sont incalculables parce que pour la première fois il sera possible de mettre à contribution la diaspora ivoirienne en mobilisant son expérience à l'étranger pour relever plus éfficacement les défis locaux et permettre aux ivoiriens de bien vivre, mais chez eux.  
 
MAKANI DIABY 
Sénatrice
Rédigé par: nguessan fousseni   le: Mardi 14 Mai 2019
La mise en place d'un Sénat dans un Etat participe de la création d'institutions de régulation sociales fortes à même de porter les aspirations démocratiques réelles. Les pouvoirs publics, à travers ses démembrements que sont l'Exécutif(Gouvernement), le Législatif(Assemblée nationale et Sénat) et le Judiciaire, les Médias, les partis politiques, la Société civile(Leaders communautaires, Religieux et la Chefferie traditionnelle(en tant qu'Auxiliaire de l'Administration) en font partie, et animent, de ce fait et, dans une certaine mesure, la vie publique dans un Etat. Que le gouvernement sénégalais du Président Macky Sall ait supprimé le Sénat relève, de mon point de vue, de populisme démagogique que sa gouvernance. En quoi le Sénat est plus budgétivore que l'Assemblée nationale? Les charges de fonctionnement, ajoutées aux émoluments versés aux parlementaires peuvent être appréciés et fixés en fonction des ressources de l'Etat. Le problème, c'est qu'en Afrique, où l'espace de production des richesses n'est pas suffisamment large(on paie moins d'impôts, et on veut avoir toujours plus), l'on a tendance à vouloir faire comme en Occident, où les réflexes sont plus civiques de la création de richesses et de son utilisation.
Rédigé par: Diarrasse Napie   le: Jeudi 9 Mai 2019
A quoi sert le sénat en Afrique? Le sénat n'est pas indispensable à la marche et au succès de la démocratie en Afrique.En décidant, le 28 août 2012, de supprimer le sénat pour lutter contre les inondations, le président sénégalais, Macky Sall, a fait un grand pas dans la bonne direction. Près de huit milliards de francs CFA seront économisés. Car, c'est le montant qui avait été prévu pour le fonctionnement de l'institution. La décision présidentielle fait des heureux parmi les Sénégalais, en particulier les victimes des inondations. Reviendra-t-on un jour sur cette suppression du sénat? On l'ignore encore. Il est, cependant, bon de retenir que le renouvellement de cette chambre du Parlement était attendu pour le 16 septembre 2012. La décision avait été approuvée par les alliés du chef de l'Etat dont l'ancien Premier ministre, Idrissa Seck, et plusieurs autres personnalités. Reste aussi à savoir si en créant le sénat, l'ex-président Abdoulaye Wade s'était vraiment préoccupé de trouver un consensus autour de cette institution. Toute la classe politique avait-elle vraiment adhéré au projet? Au Sénégal, on fera des économies En tout cas, Macky Sall a dû prendre en compte les critiques faites par les uns et les autres et profiter des circonstances pour faire le ménage. Cette suppression annoncée du sénat au Sénégal, loin s'en faut, n'a compromis en rien la marche de la démocratie sénégalaise, laquelle est bien mature. Bien au contraire, le Sénégal fait des économies.
Rédigé par: Fatou Diagne   le: Jeudi 9 Mai 2019
Caisse de résonance, chambre budgétivore, institution inutile. En Afrique et ailleurs dans le monde, le Sénat se retrouve bien souvent objet de controverse. À quoi sert-il ? Ne serait-il pas plus avantageux - économiquement parlant - pour le pays de le supprimer que de le garder ? N'est-il pas un luxe pour les démocraties africaines ? À chaque réforme constitutionnelle sur le continent, les mêmes questions reviennent.Dans nos pays Africains, la situation est souvent complexe. Au Togo par exemple, la Constitution dispose depuis 2002 que le Parlement est bicaméral, c'est-a-dire composé de deux chambres : une Assemblée nationale et un Sénat. Quatorze ans plus tard, ce dernier n'est toujours pas installé. Si officiellement le pays a opté pour la création de cette chambre haute, son éventuelle suppression n'est pas exclue lors de prochaines réformes constitutionnelles. De son côté, le Cameroun a attendu 2013 pour rendre effectif le Sénat alors que la création de l'institution a été consacrée par la révision constitutionnelle de. 1996. À l'inverse, 31 États Africains ont choisi eux de se contenter d'une Assemblée nationale. Même si cinq d'entre eux se tournent vers le bicaméralisme. Dans le lot, on trouve notamment la Côte d'Ivoire.
Rédigé par: Lago Tape   le: Jeudi 9 Mai 2019
Madame la Sénatrice: Sans aucune mesure d'accompagnement des entrepreneurs de la diaspora qui voudront investir en Côte d'Ivoire, cela n'arrivera pas. En effet, le Code des Investissements fait la part belle aux multinationales étrangères en matière d'avantages fiscaux, mais il n' y a (presque) rien pour les entrepreneurs nationaux, pour les startups et encore moins pour les entrepreneurs de la diaspora. Il n'existe aucune disposition particulière pour attirer l'épargne des ivoiriens de la diaspora vers les PME et les startups ivoiriennes. Bref, au-delà du discours politique, il faut maintenant des actions concrètes, si on veut vraiment mobiliser l'épargne de la diaspora ivoirienne pour l'émergence de la Côte d'Ivoire.