Silence radio. Aprés le coup fort de l'assommoir populaire donné à travers les marches de millions d'Algériens
elwatan. - Publié le: 17-03-2019 - Mise-à-jour le: 17-03-2019 - Auteur: elwatan.
Silence radio. Aprés le coup fort de l'assommoir populaire donné à travers les marches de millions d'Algériens
Et maintenant ? Après la réponse cinglante de la rue, qui a rejeté massivement l'offre du chef de l'Etat, tous les regards sont désormais braqués sur les palais d'El Mouradia et celui du gouvernement, siège du Premier ministère.
Tout le monde attend la réaction officielle à la sentence sans appel des Algériens qui ont réclamé, tout simplement, le départ de tout le système. Que diront les tenants du régime ? Continueront-ils à faire la sourde oreille et poursuivre la mise en oeuvtre  de la feuille de route dévoilée lundi 11 mars ?
Jusqu'à hier après-midi, aucun responsable ne s'est exprimé sur l'impressionnante mobilisation pacifique du peuple algérien, qui demande le départ immédiat du Président et de tous les représentants du régime.
Ni le Premier ministre, Noureddine Bedoui, ni le vice-Premier ministre, Ramtane Lamamra, qui avaient plaidé la veille en faveur des propositions du président Bouteflika, ne se sont exprimés sur cette nouvelle donne. Silence radio. Le coup fort de l'assommoir populaire donné à travers les marches de millions d'Algériens organisées vendredi dernier, à Alger et dans tout le pays, leur a fait visiblement perdre la voix.
Noureddine Bedoui va-t-il réussir à constituer son gouvernement ? Lors de sa première conférence de presse animée jeudi dernier à Alger, le remplaçant d'Ahmed Ouyahia avait promis d'annoncer la composante de son staff au courant de cette semaine.
Mais au moment de la conférence, il ne connaissait pas encore la réponse de la rue. Cette dernière l'a rejeté lui aussi, en le mettant sérieusement dans une situation inconfortable. «Ni Bedoui ni Saïd (frère cadet du chef de l'Etat, ndlr)», avaient lancé les millions de manifestants qui ont battu le pavé dans toutes les villes d'Algérie.
En plus de la réaction des manifestants, le nouveau Premier ministre peine à convaincre les acteurs de l'opposition traditionnelle. Tous les partis, toutes tendances confondues, ne sont pas favorables aux propositions du pouvoir. Ils réclament, eux aussi, le départ du président Bouteflika à la fin de son mandat et la désignation d'un gouvernement d'union nationale.
C'est le cas de la secrétaire générale du Parti des travailleurs, Louisa Hanoune, qui estime aussi que «la conférence nationale voulue par le chef de l'Etat ne sera ni souveraine ni constituante». Le parti Talaie El Hourriyet de Ali Benflis est aussi sur la même longueur d'onde. Dans un communiqué rendu public hier, cette formation «exige le départ du président Bouteflika» comme un préalable à toute solution.
Ce parti qualifie à nouveau les propositions du pouvoir de «manoeuvres  visant à sauver le régime et spolier le mouvement populaire de son objectif de changement radical de système politique».
L'impasse
Devant le double rejet de la rue et de l'opposition, le pouvoir se trouve dans une véritable impasse. Son opération «d'enfumage, comme l'explique le politologue franco-libanais Antoine Basbous, n'a pas march黫Le bluff a tourné court et le recyclage de la vieille garde n'a pas pris. Les trois piliers du pouvoir (Noureddine Bedoui, Ramtane Lamamra et Lakhdar Brahimi), qui s'exprimaient jeudi et se sont montrés à court d'argument. Personne dans la majorité n'est venu à leur secours : ça ne va pas fort», explique-t-il dans une interview accordée au quotidien français Le Parisien.
Ce spécialiste du monde arabe estime encore que «si Bouteflika reste au pouvoir comme il entend le faire après le 28 avril, terme de son mandat, alors les choses s'envenimeront forcément». Selon lui, «la fin de la partie sera peut-être sifflée par l'armée». «Elle ne semble pas prête à s'engager dans une bagarre pour soutenir un homme qui ne représente plus ni le présent ni l'avenir du pays, et qui est en train de s'effacer biologiquement.
Un conclave, réunissant le chef d'état-major Gaïd Salah, des chefs des différentes armées, des chefs du renseignement et des différentes Régions militaires, pourrait décider de reprendre en main la situation pour refonder le système, sans perdre leurs prérogatives», prédit-il.