Ghana - restriction de visas : Accra et Washington à couteaux tirés
Le Point Afrique - Publié le: 02-02-2019 - Mise-à-jour le: 03-02-2019 - Auteur: Le Point Afrique
Ghana - restriction de visas : Accra et Washington à couteaux tirés
 
À partir du 4 février, Washington a prévu une restriction sur certaines catégories de visas aux ressortissants ghanéens. Accra n'a pas manqué de répondre.
 
La réponse d'Accra ne s'est pas fait attendre alors que Washington a annoncé vendredi des restrictions de visas, reprochant au pays d'Afrique de l'Ouest de ne pas coopérer pour permettre le retour de ses ressortissants expulsés des États-Unis. Le ministère des Affaires étrangères et de l'Intégration régionale a dans un premier temps réfuté les affirmations du gouvernement des États-Unis selon lesquelles il ne coopérerait pas pour permettre le retour de ses ressortissants expulsés. Le ministère a déclaré avoir « toujours coopéré avec les autorités américaines dans le traitement et le renvoi de citoyens ghanéens qui ont été cités pour expulsion ». Accra a également déclaré que « les sanctions imposées au Ghana sont sans aucune justification ». Ensuite, le gouvernement ghanéen a exprimé sa préoccupation et sa déception face à l'évolution de la situation. Alors que les États-Unis continuent de resserrer leurs politiques en matière d'immigration, les services de l'immigration et de la police des douanes (ICE) se sont vu conférer davantage de pouvoirs pour arrêter et renvoyer les immigrants à la suite de la signature de deux décrets par le président Donald Trump. Mais le fonctionnement de l'ICE obliget oujours les pays d'origine des expulsés à fournir des documents de voyage pour faciliter l'expulsion. Lorsque ces documents ne sont pas fournis, ICE peut libérer les immigrants, car la Constitution américaine ne permet pas la détention indéfinie de candidats à l'expulsion.
« Des restrictions relatives aux visas » 
Le département américain de la Sécurité intérieure (DHS) et le département d'État des États-Unis ont imposé des sanctions en matière de visa au Ghana, invoquant son « manque de coopération » dans l'acceptation de ses citoyens expulsés des États-Unis. « Des restrictions relatives aux visas » vont s'appliquer à partir du 4 février à certaines catégories de demandeur, a déclaré le département américain de la Sécurité intérieure dans un communiqué.
Les États-Unis « cesseront de délivrer tous les visas de non-immigrant aux employés domestiques de diplomates ghanéens en poste » sur leur territoire, tandis que la période de validité des visas touristes et business sera limitée « à un mois avec entrée unique » pour tous les salariés du gouvernement et du parlement ghanéens. « Le Ghana n'a pas respecté les obligations qui lui incombent (..) d'accepter le retour de ses ressortissants expulsés des États-Unis » en leur fournissant des documents de voyage adéquats, a déclaré le secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Kirstjen Nielsen.
Ces sanctions resteront en vigueur jusqu'à ce que les autorités ghanéennes coopèrent, a ajouté le communiqué, précisant : « ?Sans une réponse appropriée du Ghana, le champ d'application de ces sanctions pourrait être étendu à une population plus large? ». Les autres services consulaires fonctionneront toutefois normalement pour les autres demandeurs de visas, comme les étudiants, a précisé Washington. En 2015, l'une des dernières années pour lesquelles des données sont disponibles, le Ghana, avec 1,73 million de personnes, représentait le plus grand nombre de candidats au programme américain de visas de diversité, également appelé « loterie aux cartes vertes ». Ces applications représenteraient 7 % des 25 millions d'habitants du pays.
Selon l'ambassade américaine à Accra, au moins 7 000 Ghanéens vivanti llégalement aux États-Unis ont été visés par des procédures d'expulsions depuis un an.
Problèmes de vérifications
Mais le gouvernement du Ghana a répondu avoir toujours eu des inquiétudes quant à la vérification des « prétendus Ghanéens » destinés à la vérification. L'ambassade des États-Unis au Ghana avait précédemment indiqué que les États-Unis ne fournissaient pas suffisamment de documents pour montrer que les expulsés visés étaient bel et bien des Ghanéens. « Tous les pays s'engagent dans ces processus pour accepter leurs citoyens déportés du monde entier et ce n'est pas propre au Ghana et aux États-Unis », a rappelé le ministère dans un communiqué. Le ministère a ajouté que la mission du Ghana à Washington avait reçu 28 demandes des États-Unis, dont 19 ont été interrogées par l'ambassade et 11 certificats de voyage délivrés pour leur voyage au Ghana. Les personnes restantes le sont « en raison de doutes sur leur nationalité ghanéenne, leur état de santé et le litige en instance devant les tribunaux américains ».
Bien que les États-Unis aient déclaré que 7 000 personnes étaient engagées dans des procédures d'expulsion, le ministère a également déclaré : « Les autorités américaines n'ont confirmé aucune décision judiciaire définitive de leur expulsion, conformément à la législation américaine ». « Il est donc surprenant que les autorités américaines ignorent les protocoles internationaux à respecter en matière d'expulsion et avancent des allégations de manque de coopération de la part du Ghana », concluent les autorités ghanéennes. Le cas ghanéen n'est pas isolé. En 2017, des restrictions de visas ont été imposées à la Sierra Leone, à la Guinée et à l'Érythrée... pays dont les ressortissants n'ont pas le droit de demander un visa de touriste B.