Le mauvais usage de la démocratie et son interprétation
N'goran Brou - Publié le: 31-05-2018 - Mise-à-jour le: 31-05-2018 - Auteur: N'goran Brou
Le mauvais usage de la démocratie et son interprétation
Le gouvernement d'un petit pays situé sur l'Equateur organise l'élection présidentielle. L'Opposition exige la mise à plat de l'organisme chargé des élections, à la clé, l'élection à deux tours, sinon elle boycottera les élections à venir qu'elle qualifie de mascarade. Le pouvoir en place fait fi de cette revendication, il en a cure et organise l'élection à la date prévue. Le président est réélu avec 80% des suffrages exprimés pour un mandat de sept ans et avec 30% de votants. Le rapport des observateurs internationaux dit que malgré le faible taux de participation et quelques ratés pendant le déroulement, l'élection s'est déroulée de façon régulière. Ils donnent ainsi le quitus à celui qui est réélu avec 30% des votants pour diriger encore le pays pendant sept ans.
Qu'espérait gagner l'Opposition en refusant de participer à l'élection ? Que c'est la minorité de la population qui a voté et n'est pas représentative, que la communauté internationale ne reconnaisse pas les résultats, donc de reprendre les élections. Sinon elle n'accepte pas le résultat.
Erreur ! L'opposition se prive pendant sept ans pour faire entendre sa voix dans cette importante agora qu'est l'Assemblée nationale ; celui qui est élu avec un faible taux de votants est reconnu par la communauté internationale comme le représentant légal et pendant sept ans il dirigera et parlera au nom du pays. Pendant sept ans l'opposition se cantonnera dans son rôle d'opposant prêt à critiquer, à s'opposer à toute prise de décision émanant du pouvoir. Elle vociféra et ne reconnaitra pas le nouveau réélu. Le gagnant lui répondra « les chiens aboient, la caravane passe ».
C'est par la voie des urnes que vous pouvez mesurer vos forces. Avec le boycott vous risquez de perdre des militants, puisque pendant ce septennat ils seront démobilisés ; les seuls moyens qui vous restent de vous faire entendre sont les meetings après avoir demandé la permission aux Autorités que vous contestez la légitimité. L'organisme chargé des élections ne vote pas. Présenter un candidat et aller voter ne signifie pas que vous accompagnez celui qui est au pouvoir, c'est chercher à le prendre dans son propre jeu. Le vote est individuel et secret. S'il y a un maillage territorial de votre parti avec un programme de société cohérent et convainquant vous pouvez faire mordre la poussière à votre adversaire. On a vu des pouvoirs organiser des élections et les perdre.
C'est regrettable de voir en Afrique les partis politiques qui ne sont souvent que des associations à caractère tribal et régional ; avec un programme de société flou ressemblant du « déjà vu » avec une couverture nationale inexistante ; ils accusent l'adversaire de tous les péchés d'Israël après défaite. Il existe des instituts qui enseignent les sciences politiques. La pratique sur le terrain est différente. La culture africaine où i l y a plus d'analphabètes chapeautés de clans et de tribus, on ne devient pas candidat à la candidature présidentielle sorti de nulle part ; il faut se faire connaitre par le peuple qu'on aspire à diriger par un apprentissage avant de descendre dans l'arène. La population africaine en même temps qu'elle a besoin de se développer, elle veut des dirigeants qui lui ouvrent les voies sur la modernité.
Ce que nous voyons en Europe après plus de deux cents ans de culture démocratique n'est pas encore totalement applicable dans l'espace politique africaine ; nos us et coutumes ont la peau dure pour un changement de mentalité du jour au lendemain. On est libre de créer son parti. Depuis le multipartisme on assiste la foire à la création des partis politiques ; certains pays africains n'ont pas moins d'une centaine de partis politiques pour une population de dix millions d'habitants ; certains comptabilisent un nombre de militants qui ne remplissent pas le salon du leader qui agit comme un roitelet faisant un bruit de casserole, contraire à un parti politique organisé qui ambitionne de diriger ; chacun se lève avec un esprit individualiste crée son parti avec des amis. Au lieu de se regrouper pour présenter un candidat unique, par ambition et par orgueil, ils préfèrent aller seul à l'aventure ; après échec, il trouvera des moyens peu orthodoxes pour accuser l'adversaire. Avec les moyens techniques et financiers dont dispose son pays, il ne fera pas mieux que son adversaire. Si le petit nombre des militants du parti affidés au président charismatique du parti, pratiquant le culte de la personnalité au lieu de vendre la carte parti, ils se créent des chimères et seront surpris du résultat. Ils ne peuvent que récolter ce qu'ils ont semé. C'est avec un parti politique avec une structure nationale qu'on peut prétendre gagner une élection nationale. On a vu des candidats qui ont eu cent pour cent de voix dans leur fief et moins de cinq pour cent au niveau national. Moins implanté en dehors de sa région natale, il a récolté la voix de son clan, de sa région, mais au niveau national, il a ramassé les miettes.
 
N'goran Brou
Cadre comptable et financier à la retraite