De Gaulle à Dakar le 26 août 1958, et Macron à Ouaga le 28 Novembre 2017 : Même arrogance coloniale face aux pancartes de la jeunesse africaine !
Ibrahima SENE - Publié le: 29-11-2017 - Mise-à-jour le: 29-11-2017 - Auteur: Ibrahima SENE
De Gaulle à Dakar le 26 août 1958, et  Macron  à Ouaga le 28 Novembre 2017 :       Même  arrogance coloniale face aux pancartes de la jeunesse africaine !
Voilà presque 60 ans, ou 59 ans plus précisément, qu'un Président de la République Française lance un défi dédaigneux aux peuples d'Afrique occidentale française, à la face de sa jeunesse qui exige la fin de la domination coloniale pour  l'Indépendance nationale.
 Face à cette jeunesse mobilisée,  le 26 Août  1958 à Dakar, porteuse de pancartes, le cri  exaspéré de De gaule de « si vous voulez l'Indépendance, prenez - la,  le 28 Septembre  1958 »,  est devenu ;  ce 28 Novembre 2017 à Ouaga, avec Macro, «  si vous voulez quittez le CFA, faites - le dès demain ! La  décision appartient à vos Chefs d'Etat » !
Pour réussir cette humiliation de tous nos peuples d'Afrique Francophone, un pauvre étudiant, qui n'a rien compris dans le débat sur le CFA, a été honteusement instrumentalisé pour réclamer, au nom de la jeunesse africaine, «  l'or » de nos peuples que la France aurait confisqué afin d'en user  pour continuer à nous asservir à travers le CFA!  
Quel pain béni, pour ce «  petit De Gaule » qui se prend pour «  Napoléon Premier », pour lui jeter à la face, d'un ton goguenard, «  dites- moi où cet or est planqué en France » ?
 Le désarroi de l'étudiant, face à cette réplique pleine de dédains, est à la mesure de l'humiliation publique qu'il a ressentie,  et qui ternit toute l'image de grandeur du peuple Burkinabe, par la complicité évidente des autorités politiques et académiques de ce « Pays des  Hommes Intègres » !
Sankara, dont le nom emblématique a été instrumentalisé lors de cette grotesque cérémonie, devrait se  remuer  dans sa tombe » au même instant !
C'est cette situation psychologiquement  très avantageuse pour Macron, qui lui  a permis de dire,  avec tout l'aplomb qu'on lui connait, que «  l'avantage du CFA actuellement, c'est la stabilité monétaire qu'il procure aux Economies africaines »,  en  omettant de dire que cette «  stabilité monétaire » est due à l'ampleur de nos réserves dont les 50% sont logées dans un Compte d'Opération  du Trésor Français », et non grâce au soutien financier de la France !
Ce faisant, il a voulu faire oublier que « c'est la sortie de ces 50% du Trésor Français » dont il est question, pour permettre à nos Etats,  à travers la BCEAO, de gérer cette « stabilité »  elle-même, en toute indépendance vis-à-vis des autorités politiques et monétaires françaises, et de la Banque Centrale Européenne !
C'est en cela que consiste les revendications de notre jeunesse concernant le CFA, et non, une quelconque restitution de notre «  or » que la France aurait conservé !
Face aux difficultés économiques et financières rencontrées par la CEDEAO pour se doter d'une «  monnaie commune  en 2020 », la proposition du Président du Niger, de «  faire une monnaie commune de l'UEMOA avec nos réserves,   serait la première phase de la réalisation de ce projet communautaire ».
Ce serait  la véritable voie pour sortir « nos 50% du Trésor Français », pour  les confier à la BCEAO qui devrait définir un «  panier de devises » pour y arrimer cette nouvelle monnaie, afin de nous libérer de la politique monétaire de la Banque Centrale Européenne !
C'est à cette Indépendance monétaire commune à la quelle aspirent  nos peuples et notre jeunesse, et non  la «  sortie individuelle de nos Etats du CFA, en mettant fin, individuellement  aux accords monétaires avec la France, pour  tout pays qui le voudrait », comme le suggère Macron !
L'Histoire a suffisamment démontré à nos peuples qu'une sortie individuelle  du CFA est périlleuse, et porterait atteinte aux acquis de convergence de nos Economies au sein de l'UEMOA.
Par contre, cette sortie collective, comme le propose le Président du Niger, consolide nos acquis et ouvre de réelles perspectives pour réaliser le projet  de monnaie commune CEDEAO, sans précipitation, ni lenteur coupable.
 Cela permettrait de convaincre les sceptiques de la faisabilité de la monnaie CEDEAO sur la base de l'expérience engrangée avec la nouvelle monnaie commune de l'UEMOA.
Les dirigeants politiques des pays d'Afrique Occidentale et d'Afrique Equatoriale Française de l'époque  de De Gaule, à l'exception notoire de la Guinée, n'ont pas osé mobiliser leurs peuples pour prendre leur Indépendance le 28 Septembre 1958, mais, au contraire, ils les ont mobilisés pour refuser l'Indépendance au cri de «  Oui la France » !
Face à ce nouveau défi de Macron ce 28 Novembre 2017 à Ouaga, nos Chefs d'Etat de l'UEMOA, vont- ils, Soixante ans après, répéter l' «Histoire », en disant «  Oui au CFA ! »  qui   a perpétué le joug colonial sur nos peuples jusqu'à ce jour,  et en disant «  Non aux propositions du Président du Niger »?
L'Histoire  va- t - elle, chez nous,  « se répéter  une  première fois comme une «  comédie » ?  Mais  aujourd'hui, cette « comédie » serait tragique » pour nos peuples qui vivent sous leurs yeux,  le tragique retour  de la « traite de leurs fils, réduits en esclaves », jusque dans leurs propres terres, en Libye !
 Le défi narquois de Macron ce 28  Novembre 2017  à Ouaga, doit être relevé avec dignité par nos Chefs d'Etat, appuyés par notre jeunesse déjà mobilisée à cet effet !
                                  Fait à Dakar ce 29 Novembre 2017
                                                               Ibrahima SENE 
Rédigé par: Lago Tape   le: Vendredi 1 Décembre 2017
Les alternatives formulées par Kako Nubukpo et les anti-CFA sont encore trop floues. Et, la plupart des militants anti-CFA sont indifférents aux faits, mentent beaucoup en usant de rhétoriques ultranationalistes, teintées d'un paléo-panafricanisme infantile. Ces militants anti-CFA ne proposent que des v0eux pieux aussi irréalisables que la plupart de leurs arguments contre le CFA sont fantaisistes. Les jeunes, qui constituent la majorité en Afrique, sont massivement contraints au chômage, y compris lorsqu'ils sont éduqués, et beaucoup n'ont d'autre option que l'aventure migratoire vers l'Europe, malgré le risque de terminer noyé dans la mer, ou comme esclave en Libye. Cette jeunesse Africaine, première victime du déficit de développement est à la recherche d'un «narratif» qui lui permettrait de nommer les causes du mal qui ronge l'Afrique, peut-être pour pouvoir se donner ensuite des raisons d'espérer. II est tentant d'exploiter cette perplexité des jeunes pour se satisfaire de désigner la France comme bouc émissaire. Il y a ainsi une communauté surprenante «d'arguments» entre les militants anti-CFA et certains analystes, comme lorsque le fait d'imprimer le franc CFA en France est brandi comme une anomalie, que seule expliquerait l'inféodation des Etats africains à la France, alors que selon le FMI, plus de la moitié des Etats au monde émettant leur monnaie nationale, n'impriment pas leurs billets de banque sur leur territoire national. Nos dirigeants Africains et la BCEAO/BEAC donnent aux populations des assurances, car le CFA est solide et en sortir serait une aventure, mais sans jamais préciser contre quel risque exactement. Si ce risque est l'instabilité monétaire, ils n'ont pas tort, mais l'on peut se demander ensuite si le franc CFA est la seule ou la meilleure façon d'y arriver et, surtout, à quoi sert et à qui profite la stabilité si elle ne produit pas la croissance économique pour tous ?