Politique et ethnicisme en Afrique : cas de la Côte d'Ivoire
Tiburce Jules Koffi - Publié le: 12-09-2017 - Mise-à-jour le: 12-09-2017 - Auteur: Tiburce Jules Koffi
Politique et ethnicisme en   Afrique : cas de la Côte d'Ivoire
Une des grandes différences entre la pratique de la politique en Occident et celle en vigueur en Afrique, est la nomenclature de l'électorat. Dans l'aire civilisationnelle occidentale (qui regroupe l'Europe, l'Amérique, le Canada, et une partie de la Russie), ce sont les individualités, les groupes d'opinions et les puissances financières qui font la décision dans le débat politique. Et les élections (communales ou municipales, régionales, législatives, présidentielle, sénatoriale, etc.) représentent l'issue du débat. Le « vox populi » qui fait le bonheur des urnes, sanctionne le tout par la désignation du chef élu. Mais cette masse électorale aura été fortement influencée par les facteurs que j'ai cités : leaders d'opinions (artistes, penseurs, journalistes, hommes d'affaires, Imams, prêtres ou pasteurs et autres hommes de religion appelés pompeusement et par abus de langage « hommes de Dieu »), etc.
Tout se passe ainsi du fait de la place, forte, qu'occupe l'individu dans les cultures occidentales. En Occident, des siècles de combat libertaires ont contribué à soustraire l'individu du poids de la communauté, mettant ainsi ce dernier à l'abri des pesanteurs de la censure sociale quotidienne. Dans ces conditions réellement favorables à l'épanouissement de la personnalité profonde, l'individu peut faire prévaloir son moi, dans une exaltation de sa liberté. La majorité, décrétée par la loi juridique, a affranchi l'individu occidental de tout acte de pression arbitraire et familiale, en l'autorisant à prendre en charge son destin dès l'âge de 18 ans. Il aura, auparavant, intériorisé, dès l'enfance, le droit de contredire ; mieux, de contester, d'exercer et d'éprouver la réalité de son existence en donnant, en toute liberté, son point de vue sur les questions qui interpellent son environnement familial, et social. C'est à ce prix que se construit la personnalité de l'homme occidental.
Produit d'une culture qui proclame le droit de l'individu à la différence, concept et valeur qui fondent la démocratie, l'individu votant, en Occident, est une personne qui a vraiment DONNÉ sa voix pour exprimer un choix, le sien. Et l'ensemble de ces individus libres, qui partagent une même opinion, finit par constituer un ou des groupes d'opinion dont le vote détermine l'issue des élections. Ici, l'acte de voter revient effectivement à faire une option, faire valoir une idée, une conception de la vie, que le candidat élu se chargera de matérialiser. En Occident, on vote pour des idées ; et le candidat n'est que l'exécutant virtuel de ces idées.
Tout autrement se présentent l'électorat et, conséquemment, les élections, en Afrique, d'une manière générale. Le groupe d'opinion (entendu dans son sens commun de ''ensemble de personnes unies par une communauté de pensées et de vues sur la cité'') n'existe en réalité pas, en Afrique. En lieu et place, il existe des groupes de pression et de décision : ce sont les ethnies. L'appartenance ethnique ou tribale du candidat importe plus que les idées qu'il professe. Le votant africain donne sa voix au « frère », au parent, et non à un candidat porteur d'une idéologie. Ce n'est pas une tare, c'est une approche du fait électoral dictée par le conditionnement culturel de l'individu africain.
L'individu africain est une personne encore fortement liée à la famille et à la tribu par des liens affectifs, religieux, spirituels, mystiques même, qui constituent une sorte de pacte indestructible (ou difficilement destructible) entre lui et les siens (parents géniteurs, oncles, tantes, cousines et cousins, familles alliées), et surtout les morts, ces Ancêtres lointains, partis dans l'au-delà, mais qui sont toujours là, parmi nous, car chez nous, « les morts ne sont pas morts. » Ils ne le sont même jamais !
Comparé à ''l'individu occidental'', être vraiment singulier, l'individu africain est un être pluriel, collectif. Il synthétise et porte sur lui les aspirations de sa communauté villageoise, tribale, au mieux, ethnique. Et le candidat issu d'une communauté particulière, n'en est pas qu'un simple membre : il est surtout un produit de cette communauté qui attend donc de lui, retombées et autres grâces, dès qu'il sera élu. Et les chefs d'Etat, ou tout autre élu, en Afrique, ne dérogent pas à ces attentes qui sont devenues la règle. Observez comment se répartissent les militants et autres supporteurs des chefs politiques en Côte d'Ivoire (par exemple), et vous constaterez la ''constante ethnique'' dans le système de pensée et d'agir politique des Ivoiriens.
Les figures fortes du parti du candidat sont issues de son groupe ethnique. Dès qu'il est élu, les figures fortes de l'Etat deviennent (forcément) celles de sa tribu. Il y a de cela une dizaine ou une quinzaine d'années, les jeunesses des trois principales forces politiques du pays que sont le Pdci-Rda, le Fpi et le Rdr étaient représentées par des jeunes gens issus des tribus respectives des leaders de ces partis : Konan Kouakou Bertin (KKB), Charles Blé Goudé, et Karamoko Yayoro (1) sont les ''petits'' de Konan Bédié, Laurent Gbagbo, Alassane Ouattara. Ce sont des choix tribalo-ethniques indiscutables.
Ne cédons cependant pas à la tentation classique et largement partagée, mais commode et facile, de dénoncer cette pratique. Le plus important est de chercher à savoir la cause (ou les raisons) de cet état de faits. Celles-ci se trouvent dans l'histoire des chefs de ces partis, et la représentation que nos populations se font du factum politique.
 
 
Note. 1 - Karamoko Yayoro est gouro (je crois) ; mais on devine que le rapprochement avec le Rdr a dû être favorisé par le patronyme Karamoko, indice d'une appartenance religieuse (musulmane) qui fait partie des fondements identitaires du Rdr.
Rédigé par: Loethiers mackan   le: Jeudi 14 Septembre 2017
@ Kouaho justement pour nous affranchir effectivement nos intellectuels et journalistes ont besoin de plus de courage et de profondeur c'est pourquoi nous ne sommes pas tendres avec les analyses approximatives, complaisantes et superficielles. Beaucoup d'affirmations dans ce papiers de Tiburce sont contestables et même inexactes.
Rédigé par: Kouao   le: Jeudi 14 Septembre 2017
Je pense humblement que l'Ivoirien n'encourage ses intellectuels à produire des sujets de débat, vraiment dommage! Je pense que Tiburce a lancé un sujet intellectuel et de son de vision analysons avec lui s'il y a des parts de vérité. Je le pense qu'il est dans le vrai. Il n'y a qu'à regarder autour de nous, dans nos Ministères, Directions etc. Il est dans son rôle de JOURNALISTE celui de jeter un regard critique sur ce qui ne va dans notre communauté.
Rédigé par: Loethiers mackan   le: Mercredi 13 Septembre 2017
TIBURCE est intellectuement malhonnête. Est-ce la présence de BLE Goude à la Haye qui le rapprocherait de Gbagbo et du FPI plus que Konate Navigue ou du maréchal Djuhe ?
Rédigé par: Foufou   le: Mercredi 13 Septembre 2017
@Lamine C. Je me permets de réagir à votre affirmation concernant Kandia Camara. Elle n'a jamais joué pour l'équipe nationale de Guinée puisqu'elle est ivoirienne et a porté le maillot de la RCI. Ceux qui s'intéressent vraiment au Handball en RCI la connaissent pour ses réalisations au sein de l'équipe nationale de RCI dans les années 70 et 80 (ancienne joueuse de haut-niveau de handball, deux fois championne de Côte d'Ivoire en 1974 et 1980, elle a aussi remporté la Coupe d'Afrique des clubs champions en 1981 avec l'ASC Bouaké). De plus elle a été entre 1987 et 1991 membre du bureau national du syndicat national des enseignants du secondaire de Côte d'Ivoire (SYNESCI). Trop de bruits circulent concernant cette femme sur les réseaux sociaux, c'est affligeant.
Rédigé par: Lamine C.   le: Mercredi 13 Septembre 2017
Tu viens de la Guinée, du Mali, du Burkina, tu es obligatoirement RDR. A noter que Kandia Camara a joué dans l'équipe national de handball de la Guinée.
Rédigé par: Beugré Julien   le: Mercredi 13 Septembre 2017
Oui, notre politique en CÔTE D'IVOIRE est purement ethnique. Et nous suivons plutôt des hommes et non ce qu'ils nous proposent.
Rédigé par: Affidoskas   le: Mardi 12 Septembre 2017
Tiburce Koffi, seriez vous atteint par un djèkouadjo mental qui rend le raisonnement tordu?
Rédigé par: Gohy Bi Toupa   le: Mardi 12 Septembre 2017
Pour résumer et schématiser,en Côte d'Ivoire,PDCI = Baoulés élargi au groupe akan, RDR = Mandingues,Sénoufos et autres Dioulas, FPI = Bétés et autres populations du groupe Krous. Donc RHDP = Akans + Dioulas et Oppostion = Groupe Krou. CQFD +
Rédigé par: kwahgny   le: Mardi 12 Septembre 2017
Une réflexion pertinente en somme. Toutefois des remarques s'imposent. La spécificité pluriel de l'électorat africain basé sur une grande diversité ethnique n'existe pas dans le monde occidental qui est en grande partie mono ethnique. La Côte d'Ivoire regroupe plus de 60 ethnies,la RDC également plusieurs et le Nigéria plus de 200 même si la prédominance Haoussa, Yorouba et Ibo est perceptible. Si cette diversité influence en partie l'appartenance politique et le choix des élus en Afrique contrairement à l'occident, elle n'est pas la vraie cause. La cause réelle est un besoin de sécurité pris dans un sens large. A savoir la sécurité physique, sécurité économique et sécurité sociale. Si vous garantissez tous ces besoins cités à l'électeur africain, il sera indépendant et libre dans son choix. Cependant la nomenclature de l'électorat en Europe et en Amérique demeure tributaire de l'aire géographique(communauté 1), des mouvements migratoires(communauté 2) et des pratiques religieuses(communauté 3). Dire que l'électeur Européen s'est affranchis des barrières de la communauté pour accomplir son droit de vote, ce n'est pas totalement vrai. C'est prendre l'effet pour la cause et oublier la vraie cause.
Rédigé par: kwahgny   le: Mardi 12 Septembre 2017
Une réflexion très pertinente. Toutefois des remarques s'imposent. La spécificité ethnique et pluriel de l'électorat africain n'est pas celle mono ethnique de l'Europe. Par exemple la Côte d'Ivoire compte plus de 60 ethnies, la RDC plusieurs autres et le Nigeria plus de 200 ethnies qui n'est pas le cas des pays Européens. Même si cette pluralité ethnique influence en partie le choix électoral et les pratiques politiques, elle n'en demeure pas la vraie cause. La véritable variable déterminante est le besoin de sécurité pris dans un sens pluriel, un paradigme important à tenir compte pour toute explication scientifique du phénomène. A savoir un besoin de sécurité physique de l'individu, un besoin de sécurité sociale et un besoin de sécurité économique. Si vous garantissez ces différents besoins aux électeurs africains, j'avoue qui seront en partie affranchis du poids de l'ethnocentrisme dans leur choix électoral. Dire que l'électorat européen s'est affranchis des barrières communautaires, c'est pas totalement vrai. C'est plutôt prendre l'effet pour la cause. Le jeu électoral et pratiques politiques en Europe restent toujours tributaire du poids de la communauté. A savoir l'aire géographique ( Communauté 1), les Mouvements migratoires( communauté 2), les pratiques religieuses (communauté 3).
Rédigé par: N'doffou Pierre   le: Mardi 12 Septembre 2017
Cher Monsieur Tiburce cette individualisation libère aussi l'intellectuel occidental qui se voue à idées et défend des valeurs au lieu de se vouer à des individus et de célébrer leur gloire, d'en faire des hommes providentiels comme vous le faites. Avant de brocarder le tribalisme des ivoiriens libérez vous de votre propension au culte de la personnalité, version stalinienne du culte de la communauté. Le tribalisme et le culte de la personnalité sont les deux fléaux de l'Afrique moderne. Or Vous êtes un représentant attitré du culte de la personnalité. Dommage pour vous! Vous n'avez donc aucune leçon à donner aux Ivoiriens et aux Africains qui savent plus que vous et ont plus de vertu que vous.