Lutte pour le pouvoir en Côte d'Ivoire : Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Dr Alexis Dieth - Publié le: 17-07-2017 - Mise-à-jour le: 17-07-2017 - Auteur: Dr Alexis Dieth
Lutte pour le pouvoir en Côte d'Ivoire : Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ?
Dessinons schématiquement le psychodrame politique ivoirien pour prendre la mesure de son inquiétant spectre: La volonté déclarée par les états-majors respectifs de la coalition de présenter chacun des candidatures à l'élection présidentielle 2020 menace de faire exploser le RHDP, cordon sanitaire présumé contre le nationalisme identitaire. Les tentations identitaires et régionalistes ressurgissent au sein des partis politiques au détriment de la citoyenneté et de la République. L'opposition est scindée en fractions dissidentes multiples et radicalisées qui se vouent une animosité réciproque sous l'ombre inquiétante de Laurent Gbagbo. Des alliances politiques contre-nature se forment et se défont au gré des circonstances. Engagés dans la lutte pour le pouvoir, les partis politiques ivoiriens se décomposent en factions et en coalitions opportunistes, prennent en otage la réconciliation, s'emparent de Laurent Gbagbo comme appât en vue de capter son électorat,  tentent probablement d'instrumentaliser les mouvements sociaux et les insurrections factionnelles dans les forces armées. Au sein des états-majors partisans, les ruses et les stratégies efficaces que la conquête du pouvoir met en ouvre, prévalent sur l'intérêt général et la survie du corps politique ivoirien. Campés en troubadours et en hagiographes derrière leurs héros respectifs fétichisés dans ce décor inquiétant, des intellectuels reconvertis dans le mercenariat politique animent du son tambourinaire de leur démagogie et des imprécations de  leurs discours propagandistes, cette mêlée sauvage qui débouche, le plus souvent, sur le refus du résultat des urnes et sur les guerres civiles qui en découlent.
Cet aboutissement étonnant ne manque pas d'interpeller, car le train de la démocratie ivoirienne semblait rouler efficacement vers sa destination comme l'atteste la réussite de la présidentielle 2015 durant laquelle la majorité au pouvoir avait consolidé sa légitimé électorale de 2010 par une légitimité d'administration largement approuvée par la majorité des ivoiriens en 2015.
Il semblait exister  une convergence de vue entre la majorité de la population ivoirienne et sa classe politique sur la finalité de la reforme démocratique de l'Etat au sortir de la guerre civile. La nature revendicative des mouvements sociaux correspondait au processus normal de la démocratie qui est toujours une lutte pour la reconnaissance et la prise en compte politique des intérêts et des droits des acteurs sociaux par le pouvoir politique. Bon nombre d'analystes y virent un signe de contestation du régime. Ce qui est évidemment faux.
Le déclenchement de la lutte fratricide pour le pouvoir par la classe politique au préjudice  de l'intérêt général et de la pérennité de la Nation,  atteste donc d'un quiproquo manifeste entre la société civile ivoirienne et sa classe politique. Celle-ci semble avoir toujours poursuivi ses propres objectifs partisans sous le couvert de la démocratie procédurale. Le Pilotage exclusivement  technocratique du développement n'a pas été complété par une gestion politique, autrement dit démocratique, du changement social qui aurait permis de réaliser l'intégration de la diversité promise par la coalition au pouvoir.
Annoncée par la radicalisation des mouvements sociaux, la crise politique ivoirienne s'enracine pourtant dans la nature des partis ivoiriens et leurs objectifs finaux. Elle s'est nouée sur la déficience des institutions d'impartialité qui permettent de réaliser la coordination entre la société civile et l'Etat, de former à travers le dialogue social les compromis permettant de trancher les conflits sociaux conformément à la loi. On a ainsi vu les mouvements sociaux en appeler à l'arbitrage direct et personnel du chef de l'Etat. Or cette déficience qui met directement la société civile aux prises avec l'Etat est le symptôme d'une crise des institutions de médiation politique. Cette crise renvoie à des raisons politiques plus profondes.
En Côte d'Ivoire, a été négligée la réforme constitutionnelle démocratique qui aurait assuré l'autonomie de ces institutions d'arbitrage. La raison explicative de cette grave négligence est le maintien de la logique de contrôle de ces institutions par les partis politiques ivoiriens qui pensent que  l'exercice et la conquête du pouvoir d'Etat sont la raison d'être et la finalité ultime de leur existence. Soucieux avant tout de concentrer le pouvoir en leurs mains, de monopoliser l'action politique qui leur permet de contrôler la société afin de la soumettre aux objectifs et aux stratégies d'appareils, les partis politiques ivoiriens ont donné la priorité à la forme procédurale de la démocratie qui assure la prise légale du pouvoir. Ils ont négligé de conforter sa dimension substantielle et d'opérer les reformes institutionnelles afférentes qui garantissent le contrôle du pouvoir politique par la société et sa soumission aux demandes et besoins sociaux. Cette logique antidémocratique sape les bases de l'édifice démocratique que la société civile ivoirienne s'évertue à construire contre vents et marées. Le déclenchement précoce de la course au pouvoir dévoile cette logique antidémocratique qui anime les partis politiques ivoiriens.
Comment arrêter alors le mécanisme infernal de cette folle course au pouvoir qui risque de précipiter la Côte d'Ivoire à nouveau dans les abîmes de la guerre civile ? (A suivre)
Dr Alexis Dieth
Rédigé par: Koffi Maurice   le: Mardi 18 Juillet 2017
Il est vrai que la classe politique chante à longueur de journée sa volonté de démocratie mais veut en même temps entièrement la contrôler à son avantage. Chacun se sert des textes et des institutions selon ses intérêts. Alors, on ment et on se ment, on triche et on roule les autres dans la farine, on critique et on accuse, on prête ses intentions aux autres. Tel est le marigot Ivoirien. Il n'est donc pas surprenant que tout l'ordonnancement juridique tourne ou est détourné en faveur du plus puissant du moment qui est le seul à savoir ce qui est bon pour tous (encore une escroquerie). D'où la lutte pour cette position privilégiée. Maintenant, il faut se dire la vérité. Cette course au pouvoir, en plus du contrôle exclusif de celui-ci, cache mal la volonté d'un troisième mandat non honorable, en manque d'éthique politique et dont le dernier mot n'a pas été dit par tous les acteurs, alliés ou pro-ceci et pro-cela. Malheur aux partisans de ce jeu malsain et de ces épreuves de force. Ils seront les premières victimes de cette guerre d'ambitions (mais qui s'en plaindra ?). Le peuple Ivoirien, à force d'habitude, n'est pas celui qui a le plus à perdre.
Rédigé par: Affidoskas   le: Lundi 17 Juillet 2017
Le philosophe devient de moins en moins ultra partisan. C'est bien. Mais la critique des tentations identitaires et régionalistes reste silencieuse sur les origines lointaines de cette pratique. On sait qui a mis en place la charte du nord et qui sont les vrais inventeurs politiques de l'ivoirité. chaque fois qu'un philosophe vise un seul camp et se tait sur les tares des autres, il se transforme en simple chien de garde. Lors de la réforme constitutionnelle, le philosophe a perdu l'occasion de se montrer critique avec la multiplication des postes. C'est donc une bonne chose qu'il commence heureusement à voir les dangers de la monopolisation du pouvoir.
Rédigé par: Tycoon   le: Lundi 17 Juillet 2017
Beaucoup de verite dans ce texte. Les textes et lois, nous savons les ignorer, les transformer, les interpreter a notre guise et avantage a telle point que ces ecrits que nous sommes tous convenus de respecter n'ont aucun poids. La mauvaise foi est une valeur absolue dans notre classe politique, administrative et sociale. Et je crois que c'est la raison pourquoi nous en sommes la aujourd'hui. Qu'est ce qu'il y a d'anormal a l'idée que chaque partis politique membre de la meme coalition presente leur candidat au premier tour et que le candidat le mieux place beneficie du soutien des autres. Simple comme bonjour. Mais non. La mauvaise foi aidant on est encore sur le chemin du conflits Simplement incroyable et pitoyable. Bien a vous!!
Rédigé par: Hubert Guehimery   le: Lundi 17 Juillet 2017
"Lutte pour le pouvoir en Côte d'Ivoire : Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ?"...Nous en sommes arrivés là parce que Papa Houphouet a brouiller "les cartes politiques" avant de...tirer sa révérence.L'ancien Premier Ministre français Michel Roccard,homme doté d'une intelligence fulgurante,disait dans les années 1990,à l'issue d'une visite au Président Houphouet," ce pays est foutu!"...Rétrospectivement,il n'avait peut être pas tort!....
Rédigé par: vérité   le: Lundi 17 Juillet 2017
Dr Dieth, votre article est plein d'explications, suggestions et d'orientation sur les déficiences et contradictions démocratiques de nos dirigeants politiques. En tant qu'opérateur économique dans le pays, je vous AFFIRME que nos politiciens ne sont pas intéressés par le bien être de nos populations. De la conviction pour l'orientation politique , je ne pense pas que IL EXISTE UN SEUL DIRIGEANT IVOIRIEN qui est préoccupé par trouver des vraies solutions pour les nombreux problèmes du peuple. Cette volonté de vouloir s'accaparer d'une "richesse publique" au détriment des populations, c'est le centre des objectifs des dirigeants ivoiriens, et partant de la quasi majorité des Africains. Vous ne pouvez pas vous imaginer comment l'administration, les fonctionnaires en face de nous, se comportent et empêchent le développement. On se demande quelques fois si "nous Africains" , Dieu ne nous a pas "maudit" comme avec Lucifer ! Des Mandela, il n'a existé que UN, deux ou 3 ! Vous parlez de "DÉMOCRATIE", mais enfin on aime bien utiliser des mots, on fait très peu d'actes positifs ! Le grand Congo, c'est "La République DÉMOCRATIQUE du Congo" ! Vous avez vu l'ombre d'une démocratie dans ce pays depuis qu'il existe ????!!!!! Bref, tant que nous n'avons pas la capacité de contrôler "les richesses par le vol" de nos dirigeants politiques, ils seront nombreux à vouloir diriger et se remplir les poches ! Le reste, c'est la masturbation intellectuelle que nous savons faire à merveille, par nos écrits et votre bel article ! Avec respect Docteur Dieth ! Vérité
Rédigé par: Mamadou Bamba   le: Lundi 17 Juillet 2017
On n'utilisera plus la violence pour diriger mon pays. C'est fini.
Rédigé par: Beugré Julien   le: Lundi 17 Juillet 2017
Lutte pour le pouvoir en Côte d'Ivoire : Comment et pourquoi en sommes-nous arrivés là ? : C'est depuis le jour où nous avons tous applaudi un coup d'état. Oui, le jour où un coup d'état a été républicain. Le jour où une rébellion a renversé une république.