Presse et responsabilité
fraternite Matin - Publié le: 15-02-2017 - Mise-à-jour le: 15-02-2017 - Auteur: Venance Konan
Presse et responsabilité
Un journaliste emprisonné ? Ça ne se fait plus de nos jours ; parce que nous sommes tous tributaires, surtout nous pays pauvres, d'une opinion internationale qui ne s'accommode plus des restrictions à la liberté de la presse, l'un des piliers de la démocratie occidentale. Un régime qui emprisonne un journaliste est forcément dictatorial. Un journaliste emprisonné en Afrique ? C'est une information qui passera en boucle toutes les demi-heures sur les radios et télévisions internationales. C'est tant mieux pour nous journalistes du tiers-monde, trop souvent soumis à l'arbitraire de nos régimes qui sont loin d'être de véritables démocraties. Nombreux sont nos confrères qui ont été tués dans l'exercice de leur métier ou qui croupissent dans des prisons. J'avais fait personnellement l'objet de tracasseries et de menaces d'emprisonnement, voire pire, de la part de l'ancien régime, et j'avais apprécié à sa juste valeur le soutien que m'avaient apporté les confrères ivoiriens, une certaine radio mondiale et ses journalistes. Aussi, chaque fois qu'un journaliste sera-t-il arrêté pour s'être exprimé, je serai toujours de ceux qui plaideront pour sa libération immédiate. Nos pouvoirs qui ont compris que le fait d'emprisonner des journalistes pour leurs écrits se retourne toujours contre eux, ont pris des engagements à ne plus le faire. Mais comme ils ont plus d'un tour dans leurs sacs, ils disent toujours que malgré leur engagement à ne plus emprisonner des journalistes, il y a d'autres articles du code pénal qui permettent de le faire pour certains types d'infraction. Et la nuance entre le délit d'opinion et d'autres délits qui peuvent conduire en prison est souvent très maigre. 
Ceci étant posé, nous journalistes, devons comprendre qu'il y a forcément une contrepartie à cette protection dont nous jouissons. Et elle s'appelle responsabilité. Agissons-nous toujours avec responsabilité ? Agissons-nous toujours dans le sens de l'intérêt général ? La liberté d'opinion et d'expression que nous réclamons autorise-t-elle tout ? Nous avons maintes fois discuté de ces problématiques à l'occasion de colloques, séminaires et autres rencontres professionnelles. Les choses ont-elles évolué positivement ? Chacun peut se faire sa propre opinion. Nous connaissons les principaux maux qui minent notre presse : absence de professionnalisme, politisation extrême, absence d'éthique. Lorsque les trois sont réunis chez un même journaliste, comme c'est malheureusement souvent le cas, les dégâts peuvent être très importants. Avant d'aborder le cas de nos confrères arrêtés, laissez-moi vous conter ce qui arrive à l'un de mes amis, René Yédiety, directeur d'une librairie bien connu dans le monde de la culture. Il a un différend avec un de ses associés qu'il accuse d'avoir détourné des fonds de l'entreprise qu'ils ont montée ensemble. Il porte plainte et l'associé est arrêté par la police. Qu'est-ce qui regarde la presse dans cette histoire ? Rien. Mais voici que depuis quelques jours, M. Yédiety est l'objet d'une vraie opération de lynchage de la part de certains journaux sans que l'on ne sache ce qui lui est reproché. Mais chacun a compris que de l'argent a circulé quelque part. Oui, combien de fois ne sommes-nous pas sollicités, nous, journalistes, pour régler des différends commerciaux, en soutenant la version de l'une des parties, ou en cherchant à salir l'adversaire ? Combien de nos confrères ne se livrent-ils pas à de vraies opérations de chantage ? Qui ignore cela dans ce pays ? Qui ne connait pas les journaux dont le chantage est la principale activité ? 
Parlons de la politisation. Qui ignore que bon nombre de journaux ne sont que des organes des principaux partis politiques, et que les journalistes qui y travaillent sont avant tout des militants qui défendent la cause de leurs partis ? Depuis l'avènement de la démocratie, nous vivons une sorte de guerre froide à l'ivoirienne qui s'enflamme de temps en temps. Qui ignore que le rêve actuel de bon nombre d'Ivoiriens militants de certains partis est de voir chuter le Président Ouattara, et que tout ce qui peut lui être préjudiciable est du pain béni pour ceux-là ? Ils sont nombreux à avoir rêvé de voir les coups de sang des soldats mutins se transformer en coup d'état ou en révolution. Et ils existent, ceux qui d'une manière ou d'une autre, ont soufflé sur les braises en espérant qu'elles provoqueront un incendie qui consumerait le pouvoir. Ont-ils fini de rêver ou de chercher à agir ? Notre pays est dans une situation de très délicate instabilité, en ce sens qu'il peut basculer à tout moment dans le chaos. Malgré les grands progrès réalisés en peu de temps, les plaies ne sont toujours pas toutes cicatrisées. Et c'est en cela que notre sens de la responsabilité est sollicité à tout moment. Vouloir vendre du papier en faisant du sensationnalisme à tout prix, même au prix de la vérité, comme c'est souvent le cas, présenter ce pays comme étant en permanence sur le point de basculer dans la violence, un pays où l'on vit en permanence dans l'insécurité est irresponsable. Donner une information susceptible de provoquer des affrontements meurtriers sans en avoir vérifié l'authenticité est aussi irresponsable. Il en est de même d'une information qui, même si elle est vraie, est aussi susceptible de provoquer de la violence et que l'on livre quand même. Il est temps que nous fassions notre examen de conscience. C'est très joli de présenter les choses en disant que des soldats ont tiré en l'air et blessé des innocents sans être inquiétés, alors que les journalistes qui n'ont fait qu'en parler sont emprisonnés. Il serait bien que chacun de nous lise ce qui a été écrit dans les journaux mis en cause, et les conséquences que cela aurait pu entraîner, pour se faire sa propre opinion. En tout état de cause, saluons la décision de libérer nos six confrères.
Venance Konan
 
 
 
Rédigé par: Filleule   le: Jeudi 16 Février 2017
S'il est établi et admis que des journalistes soient des hommes politiques déguisés qu'ils acceptent alors les vicissitudes liées à l'exercice de cette autre activité ! Pour moi ils sont des justiciables comme nous autres, sinon c'est trop facile, et lâche.
Rédigé par: papus   le: Jeudi 16 Février 2017
@ Lago Tape,theoriquement je suis d'accord avec toi et c'est ce qui devrait etre mais helas la pratique nous montre autre chose en raison des pesanteurs politiques. IL y'a des debats auxquels il est difficile de trancher tel que celui-ci ou le syndicalisme et la politique,en raison de l'influence de l'un sur l'autre. Pour revenir au cas d'espece, l'auteur lui-meme revele que sous le regime precedent, il a fait l'objet de menaces serieuses tout simplement parceque ces ecrits genaient a cette epoque. Pourquoi aojourdhui n'est-il plus menace en sa qualite de DG de cet meme organe? A ADIAKE l'ETAT affirme que l'information est fausse tandis que ces journalistes s'appuyant sur leurs sources disent le contraire la verite est difficille a trouver ici.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 15 Février 2017
@Beugre Julien : Il n'est pas du tout interdit aux journalistes d'avoir des opinions politiques. Ils doivent tout simplement les séparer clairement des faits qu'ils rapportent ainsi que de leurs commentaires personnels. Les faits sont les faits et ne changent pas, quel que soit l'appartenance politique du journaliste qui rapporte par exemple qu'il y a eu une mutinerie des Forces Spéciales à Adiake. Ce qui par contre peut varier et doit faire l'objet d'un autre paragraphe dans l'article est l'interprétation politique/ l'analyse que le journaliste déduit des faits qui se sont déroulés. Il est bien évident que cette analyse va varier selon la couleur politique et la ligne éditorialiste du media qui rapporte la nouvelle. Séparer les faits des commentaires, analyses et opinions est la meilleure protection des journalistes professionnels qui font leur métier avec sérieux. Cela suppose bien-entendu que les faits sont bien verifiés et que le journaliste professionnel ne colporte pas des rumeurs ou de fausses informations non vérifiées.
Rédigé par: papus   le: Mercredi 15 Février 2017
Merci a toi Beugre Julien,un homme politique disait qu'en politique on ne fait pas la passe a son adversaire. C'est tout simple. Comment s'etonner lorsqu'on sait que des journaux ont etes crees par des partis politiques ou par l'ETAT lui meme pour rendre compte de l'action gouvernementale selon sa vision.
Rédigé par: Beugré Julien   le: Mercredi 15 Février 2017
Chaque journaliste ivoirien a dans sa poche une carte de son parti politique. Donc rien d'objectif! Ici, Vénance Konan pleure parce que le régime de son Président vacille.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mercredi 15 Février 2017
L'éthique et la déontologie du métier de journaliste recommande aux journalistes de ne pas se faire les colporteurs de rumeurs et de fausses nouvelles, mais de privilégier les faits qui doivent être rapportés de manière distincte par rapports aux commentaires et/ou opinions politiques des journalistes.
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Donner une information susceptible de provoquer des affrontements meurtriers sans en avoir vérifié l'authenticité est aussi irresponsable.
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Vouloir vendre du papier en faisant du sensationnalisme à tout prix, même au prix de la vérité, comme c'est souvent le cas, présenter ce pays comme étant en permanence sur le point de basculer dans la violence, un pays où l'on vit en permanence dans l'insécurité est irresponsable.
Rédigé par: v   le: Mercredi 15 Février 2017
Vouloir vendre du papier en faisant du sensationnalisme à tout prix, même au prix de la vérité, comme c'est souvent le cas, présenter ce pays comme étant en permanence sur le point de basculer dans la violence, un pays où l'on vit en permanence dans l'insécurité est irresponsable.
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Et ils existent, ceux qui d'une manière ou d'une autre, ont soufflé sur les braises en espérant qu'elles provoqueront un incendie qui consumerait le pouvoir
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Ils sont nombreux à avoir rêvé de voir les coups de sang des soldats mutins se transformer en coup d'état ou en révolution.
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Qui ignore que le rêve actuel de bon nombre d'Ivoiriens militants de certains partis est de voir chuter le Président Ouattara, et que tout ce qui peut lui être préjudiciable est du pain béni pour ceux-là ?
Rédigé par: VK   le: Mercredi 15 Février 2017
Qui ignore que bon nombre de journaux ne sont que des organes des principaux partis politiques, et que les journalistes qui y travaillent sont avant tout des militants qui défendent la cause de leurs partis?
Rédigé par: boga   le: Mercredi 15 Février 2017
Merci rien à ajouter. Sauf que le pouvoir a laissé prospéré des structures qui ont perdu toute crédibilité (Unjci affaire alafe, Synappci affaire gbato ) don't les 1er responsables bien que sanctionnés par les organes de régulation demeurent à leurs postes. Des journaux dont les 1er responsables sont empêtrés ds des procès ( intelligent ) . Le CNP pratiquement combattu sur chacune de ses décidions ( CNP sanctionne un journaliste qui est nommé au sein de la même structure par le ministère de la communication, des journalistes sanctionnés qui sont reçus par les plus hautes autorités et qui les accompagnent ds leur déplacement. Il faut arrêter ces compromissions et mettre de l Ordre.