Le Togo et la Côte d'Ivoire, deux pionniers de l'égalité des sexes en Afrique
YASMIN BIN-HUMAM - Publié le: 10-01-2017 - Mise-à-jour le: 10-01-2017 - Auteur: YASMIN BIN-HUMAM
Le Togo et la Côte d'Ivoire, deux pionniers de l'égalité des sexes en Afrique
J'ai été surprise de la facilité avec laquelle je me suis mariée. Nous avons certes dû franchir quelques obstacles administratifs avant d'obtenir notre certificat de mariage. Nous avons ensuite eu une émouvante cérémonie avec un célébrant et nos témoins, suivie d'une fête pour les amis et la famille. C'est tout. Nous étions officiellement mariés. Mais personne ne m'a avertie que le mariage allait avoir des répercussions sur mes futurs droits de propriété. Comme que je ne possédais rien à l'époque, je ne m'en suis pas préoccupée.
  .
Au Togo, en revanche, le célébrant du mariage est tenu d'informer les époux de leurs droits et devoirs. Il existe certainement des façons plus romantiques de débuter une union, mais les époux auront amplement de temps pour le romantisme ultérieurement. Dans le cadre d'une formation récente destinée aux célébrants, le Groupe de réflexion et d'action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) a expliqué aux participants que le livret de famille, un document officiel que l'on reçoit lors du mariage, devait être remis aux deux époux. On pourrait penser qu'il s'agit là d'un simple geste symbolique, mais c'est bien plus que ça.

Au Togo, il y a seulement deux ans, le célébrant aurait remis le livret de famille au mari, en sa qualité de chef de famille (c'est en effet l'époux qui a officiellement le pouvoir de prendre des décisions ayant trait à la famille). Mais, depuis 2014, la loi confère la fonction de « chef de famille » aux deux époux, instaurant davantage d'égalité entre eux. Cette évolution a fait suite à diverses réformes juridiques qui vont dans le sens d'une plus grande égalité entre hommes et femmes. En 2012, le Togo a revu sa législation afin de permettre aux deux époux de choisir ensemble le domicile familial et de s'opposer légalement à ce que l'un ou l'autre travaille s'ils pensent que c'est contraire à l'intérêt de la famille. Avant cette réforme, c'était le mari qui choisissait unilatéralement le domicile et il pouvait même interdire à sa femme de travailler.
 
La formation destinée aux célébrants de mariages faisait suite à un atelier organisé à Lomé par la Banque mondiale, le GF2D et l'Association des Femmes Juristes de Côte d'Ivoire (AFJCI). L'équipe Women, Business and the Law de la Banque mondiale a mis en place cet atelier pour aider les participants issus de la société civile à comprendre quelles pouvaient être les conséquences économiques des lois qui opèrent une discrimination fondée sur le sexe. 
Les participants togolais ont appris de leurs homologues ivoiriens comment mettre en ouvre des réformes législatives. Ils ont également appris avec grand intérêt que la loi pouvait empêcher l'un des époux de vendre des biens sans le consentement de l'autre conjoint. Au Togo, l'épouse ne dispose pas de ce type de protection, alors que, dans le droit ivoirien, le consentement des époux est indispensable pour toute transaction immobilière. L'atelier a favorisé l'échange d'expériences et des discussions sur ce thème. Les participants ont également pris connaissance des moyens de protéger les droits de propriété des femmes dans le cas d'une union informelle ou d'un mariage coutumier. 
L'apprentissage Sud-Sud joue un rôle essentiel dans la promotion des réformes législatives. Étant donné sa grande connaissance du droit comparé, l'équipe Women, Business and the Law est à même de faciliter ce type d'échanges.
 
Je suis contente de m'être mariée à Washington D.C., et non au Cameroun où seul le mari a le droit de gérer les biens matrimoniaux. Au Togo, les femmes ont aussi des raisons de se réjouir. Grâce aux réformes juridiques, et aux efforts concertés pour informer les femmes de leurs droits conjugaux, les Togolais relaieront bientôt ces enseignements Sud-Sud dans le but de promouvoir l'égalité des sexes. 
 
Rédigé par: Elise Ouedraogo   le: Mercredi 11 Janvier 2017
Oui, dans nos pays, La nouvelle loi (sur le mariage) peut être votée et ne pas être appliquée du tout; Être appliquée et ne pas du tout produire les effets escomptés. Ce qu'il faut faire, c'est: (Renforcer l'Éducation Civique): Dispensée très tôt, elle permettra aux jeunes filles de s'approprier la citoyenneté et les droits et devoirs y afférents. Déclinée tout au long de la vie, elle permettra aux plus âgées de compenser leur retard sur les évènements et de capitaliser leur expérience sociale à partager avec leurs cadettes. .(Mettre en place et faire marcher le Ministère de la Promotion de la Femme destiné à l'information, à l'éducation et à l'insertion): Ceci pour changer de l'actuel qui nous fait croire à l'envi que féminité rime avec précarité. . (Légaliser la polygamie) : Quoique je sois contre la polygamie, ceci permettrait de protéger les maîtresses et leurs enfants en cas de décès du mari et aussi éviterait les conflits d'héritage. La loi existe au Burkina Faso où les aspirants au mariage choisissent entre la polygamie et la monogamie tout comme en Côte d'Ivoire ceux-ci choisissent entre la séparation et la communauté de bien. . (Supprimer la caution de 100 milles FCFA pour toute candidature féminine à la députation et surtout nommer plus de femmes aux postes de responsabilités dans l'administration publique autant que dans le gouvernement). .(Renforcer la formation sur le leadership féminin): Ceci est une nécessité en vue d'accroître l'autonomie des femmes et leur permettre de s'assumer. Ces mesures sont certes des gouttes d'eau dans la mer face à l'épineuse question de l'égalité des sexes, mais elles seront aussi bienvenues.
Rédigé par: Lago Tape   le: Mardi 10 Janvier 2017
Cette nouvelle loi sur le mariage fait partie des exigences du Programme d'aide américain, Millenium challenge corporation (MCC), auquel la Côte d'Ivoire est éligible, dans la lutte contre la pauvreté. Le Togo aspire aussi à devenir éligible au MCC et suit ainsi donc les traces de la CI en ce qui concerne la loi sur le mariage. Les pays comme le Burkina-Faso ou le Sénégal, qui ne sont pas plus « émancipé » que la Côte d'Ivoire en matière de droits des femmes ont adopté aussi (MCC oblige) ces mêmes lois sur le mariage. Évidemment. La gestion du foyer à « double culotte » continue de faire couler beaucoup d'encres et de salive. Pointées du doigt, de plus en plus, les femmes essayent de recadrer le débat. « L'homme avait « en tant que chef de famille » à lui seul l'entretien du foyer (de par la loi). Aujourd'hui, avec la nouvelle loi, l'homme et la femme doivent aussi se partager les charges de la maison (égalité oblige). Est-ce que la loi se traduira dans la réalité par un changement de comportement au sein des couples africains (togolais, ivoiriens, sénégalais, burkinabés.) conformément à la nouvelle loi sur le mariage ? Je ne crois pas que la femme africaine deviendra guindée dans le foyer, à cause de cette nouvelle loi sur le mariage. Nous savons tous comment beaucoup de femmes africaines et beaucoup de nos mamans se saignent pour nourrir leur famille et cela sous l'ancienne loi dans laquelle cela était la responsabilité exclusive de l'homme (et non pas de la femme). Avec la nouvelle loi, ce qu'il faut, c'est que l'homme et la femme dialoguent encore plus dans le cadre du mariage, qu'ils communiquent de manière consciencieuse, dans la gestion courante de leurs « affaires». D'autant plus que nos pays africains ont introduit ces nouvelles lois sur le mariage (tout juste) pour être éligibles au MCC sans faire (suffisamment) de sensibilisation en amont pour (mieux) éduquer nos populations.