Interview- Camara Laciné (Pca de la Sotra)
« Le dossier des travailleurs déflatés de la Sotra est à prendre très au sérieux »
lebanco.net - Publié le: 12-03-2015 - Mise-à-jour le: 12-03-2015 - Auteur: Adam's Régis Souaga
« Le dossier des travailleurs déflatés de la Sotra est à prendre très au sérieux »
Rencontré en marge de la cérémonie de signature de la convention de prêt entre la Sotra et Afreximbank, le 18 février dernier, au Caire (Egypte) le président du conseil d'administration, livre ici son regard sur l'actualité de la Société des transports abidjanais
 
Lebanco.net : En tant que président du conseil d'administration de la société de transport abidjanais (Sotra). Quel est votre état d'esprit au moment où votre société vient de conclure une convention de prêt avec Afreximbank ?
C'est une fierté, et je dois vous dire que quand on a commencé ces rapports avec Afreximbank j'ai surtout apprécié l'attitude du président cette institution bancaire panafricaine et celui de ses collaborateurs. Car un banquier, qui prend à bras le corps les préoccupations d'une entreprise et qui ne cherche qu'à répondre favorablement aux soucis de l'entreprise, parce que je dois vous dire que, lorsque nous prenions en main la Sotra, l'entreprise ne comptait que 90 autobus qui étaient fonctionnels. Alors que par le passé, cette société de transport interurbain avoisinait les 900 à 1000 autobus. A 90 autobus, vous constatez que c'était pratiquement le dépôt de bilan. Devant une telle situation, que fallait-il faire ? En un premier temps, il fallait non seulement augmenter le niveau pour que le ratio comme véhicule soit d'un niveau acceptable, mais il fallait aussi mettre l'accent sur le service de maintenance de ces autobus. Nous étions à un moment donné, de faire fonctionner des autobus d'occasion qui eux-mêmes avaient déjà un certain âge. Ainsi donc, il fallait que dans de telles conditions, le service de la maintenance soit fonctionnel pour faire fonctionner les autobus eut égard à l'état des voies de l'époque. C'est dans cette situation que nous avons donc approché la direction générale d'Afreximbank afin de lui exposer la situation du moment. Et comme vous le savez, nous avons négocié un premier prêt de quinze (15) milliards de nos francs. Prêt qui nous a été accordé et la signature du prêt a été effective à Abidjan en son temps avec Monsieur Jean-Louis Ekra. Ce qui nous a donc permis d'acquérir 400 autobus et 10 bateaux-bus. Ainsi, la société a commencé à reprendre de plus belle. Mais le problème, comme c'était des autobus d'occasion, il fallait tout faire pour créer un panache afin d'avoir recourt à des autobus neufs qu'on achetait avec des autobus d'occasion. Tout en essayant de maintenir un service de maintien et d'entretien digne de ce nom. Encore dans cette perspective, nous avons approché Afreximbank et leur dire que nous vous sommes gré de nous avoir fait ce prêt qui nous a permis d'améliorer notre activité. Mais, nous souhaitons dans la mesure où nous projetons d'atteindre l'objectif que nous nous sommes assignés, c'est-à-dire avoisiner les 1000 autobus d'occasion comme neufs, nous souhaiterions avoir encore auprès de vous, une rallonge de prêt. Ce qui a abouti à une rallonge de prêt d'un coût totale de 32 milliards 500 millions de nos francs. Plus du double de ce que nous avions auparavant. Et lorsque nous négocions ce prêt, Afreximbank nous a donné un conseil afin que nous puissions atteindre notre objectif. C'est ainsi que, la BNI (Banque Nationale d'Investissement) est rentrée en jeu. Car une banque étrangère ne peut pas accorder un tel prêt sans avoir la garantie d'une banque locale. C'est donc la BNI qui servait d'interface entre eux et nous. C'est pourquoi, le but principal de notre déplacement était de faire savoir toute notre gratitude au président d'Afreximbank. Et aussi à son personnel, car ils ont joué un rôle très important dans la relance des activités de la Sotra.
 
 Aujourd'hui, vous avez des ambitions d'investissement, pour rassurer et garantir vos passagers. Mais, le gouvernement vient de prendre la décision de libéraliser le plan d'eau lagunaire. Est-ce que pour vous, l'Etat en tant qu'actionnaire principal de la Sotra qui procède ainsi ne vous passe pas un message ?
Non pas d'inquiétude. Car de toutes les façons, comme le savez, la Sotra est une entreprise à participation publique de l'Etat. Donc l'Etat ne peut rien, quand on sait la vocation qui est assignée à la Sotra en ce qui concerne le transport publique en commun. Même actuellement, l'Etat nous doit au niveau du trésor public, la bagatelle de plus de 15 milliards de nos francs. Pour ce faire, nous sommes en train de sensibiliser l'Etat pour nous aider au développement de la Sotra dans l'intérêt de l'Etat lui-même. Puisque nous transportons à des prix défiants toutes concurrences.
Tout récemment, les ivoiriens ont vu la Sotra affréter ses autobus pour aller accueillir à l'aéroport international Félix Houphouët Boigny nos Eléphants footballeurs champions d'Afrique de la Can 2015. Est-ce que cela ne concours pas souvent à une perte financière au niveau de l'entreprise ?
Certes, ce sont des pertes. Car il y a eu des autobus endommagés, que nous estimons nécessaire afin que l'on sache ce qu'est et ce que vaut la Sotra. Et aussi sensibiliser l'ensemble des ivoiriens sur l'importance de la Sotra dans le domaine du transport de masse.
 
 Le Président de la République, Alassane Ouattara, a, contre toute attente opté pour un refinancement de la Sotra après la crise postélectorale de 2010. Quel commentaire faites-vous de cette action du Chef de l'Etat ?
Vous savez, le Président Alassane Ouattara est un très grand intellectuel et un spécialiste des finances qui ne pose jamais un acte léger. Il a une expérience et une vision très développée en matière de gestion publique. En tant que gestionnaire hors pair, car comme nous le savons tous, il a cogéré pendant longtemps l'une des plus puissantes institutions financières du monde qui est le FMI (Fonds Monétaire International). Je pense qu'il n'abandonnera jamais la Sotra. Surtout qu'il est conscient que la Sotra a pour vocation d'aider les populations à s'épanouir. Vous savez, quand vous vous déplacez de la commune de Cocody à celle d'Adjamé, ou bien de la commune de Treichville à Williams-ville, ou que vous empruntez un taxi, cela vous revient beaucoup plus cher. Alors qu'avec la Sotra, c'est des tarifs homologués, 200 Fcfa le prix du ticket.
 Justement, est ce qu'avec le prix du pétrole et d'autres exigences, ce coût de 200 Fcfa sera encore maintenu pendant longtemps ?
Sur cette question, je ne peux rien vous affirmer. Mais je peux vous donner l'assurance que nous ferons en sorte que ce coût du ticket de la Sotra soit à la portée de tous. Et défie toutes concurrences quand aux véhicules de transport ordinaire à Abidjan.
Comment est-ce que vous gérer le dossier des déflatés?
Ce dossier est à prendre très au sérieux, vu son importance et dans lequel, je me suis impliqué. Ce que je peux vous dire, c'est que, quand vous avez un emploi, vous devez aussi savoir que vous n'êtes pas à l'abri d'un licenciement. Plusieurs raisons peuvent amener votre société à procéder à des licenciements. Ce qui ne se limite pas seulement à une faute lourde, il y a autant de raisons, notamment ; La faute professionnelle, problème budgétaire, vous pouvez être atteint par la limite d'âge, etc. Plusieurs raisons peuvent concourir à des  licenciements dans une société. Notre souhait c'est qu'il n'y ait pas trop de déflatés, mais on ne peut pas non plus empêcher cela.
 
 
  Vous pouvez rassurer aujourd'hui que le conseil d'administration qui représente l'Etat de tout mettre en oeuvre afin d'y trouver des solutions durables ?
Bien sûr, nous avons eu déjà à le faire. Et d'ailleurs, je crois que si ma mémoire ne me trompe pas, je crois que les déflatés eux-mêmes ont eu à faire une déclaration pour saluer notre engagement. Donc sur ce dossier, je ne suis pas en déphasage avec les déflatés.
 
Réalisée au Caire par Adam's Régis Souaga