Diplomatiquement incorrect
Le 9.9.99, qui s'en souvient ?
Fraternité Matin - Publié le: 11-09-2014 - Mise-à-jour le: 11-09-2014 - Auteur: Valentin Mbougueng
Le 9.9.99, qui s'en souvient ?
Notre confrère burkinabé, L'Observateur Paalga lui a trouvé un nom : « La dormeuse d'Addis-Abeba ». Un peu sévère pour l'Union africaine (UA), notre organisation continentale ? A cette question, les fonctionnaires panafricains répondront en majorité par l'affirmative. Mais presque partout sur le continent, ceux qui pensent comme le journal burkinabé sont nombreux. Les plus indulgents diront que l'UA somnole qui plus est, avec d'affligeantes inclinaisons amnésiques.
Avant-hier, 9 septembre, nous avons fait un tour sur le site web de l'organisation, à la recherche d'une réflexion savoureuse, d'un slogan engageant, d'un aphorisme rageur ou de quelque improbable éphéméride du genre « tout ce que vous devez savoir avoir de bien commencer la journée »rappelant au web navigateur, le symbole historique du 9 septembre 1999. Rien à croquer : l'Union africaine a oublié le 9.9.99, date de publication de la Déclaration de Syrte annonçant sa création sur les cendres de la bonne vieille OUA (Organisation de l'unité africaine) ! Est-ce l'effet soporifique probable de la météo d'Addis, généralement froide à cette période de l'année ? En tout cas, l'UA a oublié de rappeler le souvenir du 9 septembre 1999, lorsqu'une trentaine de chefs d'Etat et de gouvernement de ce qui était alors l'Oua s'étaient réunis à Syrte, en Libye, en sommet extraordinaire à l'initiative du Colonel Mouammar Kadhafi, pour poser l'acte fondateur de l'accélération du processus d'intégration du continent africain.
C'est vrai que, lorsqu'on voit ce qu'est devenue l'Union africaine, qui affichait à sa naissance de belles ambitions, dont celle de hâter l'avènement des Etats-Unis d'Afrique » rêvés au moins depuis le Ghanéen Kwame Nkrumah, il y a de quoi préférer le doux refuge du sommeil. Quinze ans ont passé, depuis la déclaration de Syrte. Plusieurs conférences des Chefs d'Etat et de gouvernement se sont tenues. Quantité de rapports et études, toujours aussi volumineux les uns que les autres -traduction certaine d'innombrables heures de travail acharné-ont été produits. Les fonctionnaires panafricains ont vu leurs salaires augmentés pour correspondre mieux, sans doute, à la nouvelle charge de travail. Le bâtiment sympathique sans plus qui abritait l'Oua existe toujours, mais un siège flambant neuf a été érigé juste à côté, qui scintille dans le ciel d'Addis, comme pour illustrer la nouvelle dimension d'une Afrique vantée partout comme l'avenir du monde. Qu'il est joli à présenter, ce côté cour.
Entrons à présent dans le jardin de l'Union africaine. Ici, tout n'est pas joli-joli. Tout le monde s'embrasse. Tout le monde donne du « frère » à tout le monde. Mais quand survient la difficulté ceux qui ont cru aux effusions fraternelles n'ont plus que leurs yeux pour pleurer en se souvenant de la maxime éternelle: « c'est dans le malheur que l'on reconnaît ses vrais amis ». Syrte, qui a vu naître l'UA n'est plus qu'une ville-fantôme. Le « complexe Ouagadougou», cet espace de 44 000 mètres carrés avec bassins d'eau à l'entrée, des bâtiments de 37 mètres de haut et des façades en marbre vert, qui abrita le sommet fondateur du 9.9.99 n'est plus qu'un tas de ruines, comme 80% des immeubles de la ville bombardée en 2011, des mois durant, par les « révolutionnaires » libyens et l'Otan. Le sort de Syrte, pas plus que celui de l'ensemble de la Libye « libérée » et « démocratique », mais livrée au règne des milices et des jihadistes, n'interpelle outre mesure l'UA. Lorsque l'initiateur principal de l'UA a été finalement assassiné, l'organisation n'a entrepris aucune démarche sérieuse pour exiger l'élucidation des circonstances exactes de ce crime, alors que son acte constitutif prévoit des dispositifs de respect des droits humains.
Les Etats-Unis d'Afrique ? Presque plus personne n'en parle à l'Ua, alors que l'organisation a consacré au sujet plusieurs sommets de Chefs d'Etat et de nombreuses autres réunions. Le marché unique africain ? Son horizon est sans cesse repoussé. Quinze ans après les grandes proclamations de Syrte 1 et 2, l'Afrique reste divisée en une cinquantaine d'Etats, une quarantaine de monnaies, et une kyrielle d'organisations bureaucratiques à vocation régionale. Bien que dans certains ensembles, comme celui de la Cedeao, les citoyens puissent aller et venir sans grosses entraves, la liberté de circulation des personnes et des biens reste une gageure sur le continent. Pour aller rapidement d'un pays à un autre, il vaut mieux, parfois transiter par l'Europe. Le financement du budget programme de la commission de l'Union africaine est proprement scandaleux : il provient, à 97%, de donateurs extérieurs, dont l'Europe qui est pourtant en compétition avec l'Afrique sur nombre de dossiers. Le siège de l'organisation a été construit et offert aux Africains par la Chine. Par ailleurs, selon des statistiques récentes, 80% des décisions péniblement prises par l'UA ne sont pas mises en ouvre par les Etats membres. Pour chasser les Jihadistes du nord du Mali, il a fallu que la France intervienne, la force en attente de l'Ua étant restée, comme l'indique son nom, en attente.
 
15 ans après Syrte, l'Ua donne l'impression de ne pas savoir où elle va exactement. Que faire ? Apportant notre modeste contribution au réveil de « la dormeuse d'Addis », en lui rappelant  ce condensé de bon sens entré depuis longtemps dans la sagesse populaire : « Le jour où tu ne sais plus où tu vas, souviens-toi d'où tu viens ».
Valentin Mbougueng
Rédigé par: Jessica   le: Vendredi 12 Septembre 2014
Tres pertinent!!!!