Si la société libre ne parvient pas à améliorer le sort de la majorité des pauvres, elle ne pourra pas sauver la minorité des riches.(John Fitzgerald Kennedy)
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Lettre d'un Touareg au Président ISSOUFOU du NIGER
Article publié le: 08 Février 2013 - Auteur: Seydou-Kaocen MAÏGA Touareg, Peuhl, Songhaï - Source: L'Enqueteur N°691/691
"Ebouss amaglinet azamay. Asis ur tizmaya ma tu tizizired. Fellas as tizazared a ki yiwar ezinin netyijijargan kay."Un proverbe Touareg dit : « Pour soigner une plaie ouverte, il faut la refermer (la coudre). Si tu ne lacouds pas, ne l'ouvre pas d'avantage, car si c'est le cas, tes mains seront tachées de sang. »





Monsieur le Président, Ce matin dans un taxi, un Gondouanais ayant écouté vos propos sur Rfi, a rapporté ces derniers, enajoutant : « Le Président Issoufou a raison, les Touaregs là il faut leur faire Tarraya* et tous les tuer ! ».

Voilà la première réaction due à votre intervention sur Rfi ce matin. On se rend alors comptede la responsabilité qui est la votre, et du danger que cela constitue car un seul mot peut provoquerdes bouleversements sociaux. Voilà pourquoi cette fois-ci le silence des éperviers sera rompu. Excellence, depuis le début du conflit dans le nord Mali, les cadres Touaregs du Niger ont brillé parleur silence, cela, afin de donner la chance à la Paix, et d'éviter à notre pays le Niger, que plane sur luile spectre d'un soulèvement armé qui viendra alimenter celui du mali en compromettant tous lesefforts déjà consentis par votre gouvernement et les ex-fronts.

Et cela malgré l'inertie des autorités des 5ème, 6ème et 7ème Républiques qui n'ont trouvé AUCUNE SOLUTION à la rébellion armée qui a pris fin en 2009, et donc aux 4.000 ex-combattants toujours enattente d'une réintégration !Des promesses ont été faites, des engagements ont été pris, pour le dépôt des armes, et le retourdes ex-combattants, mais une fois les armes déposées, les combattants rentrés sur le sol Nigérien,les autorités les ont ignorés, sans même les associer au processus démocratique qui était en cours. Atitre d'exemple, les ex-fronts n'ont pas siégé au CCN (Conseil Consultatif National) pendant la transition.

Les cadres de l'ex-résistance ont pour la plupart, rejoint des partis politiques pour y faire entendreleur voix. Et c'est ainsi qu'ils ont pu, se faire élire chez eux qui comme Conseillers communal, quicomme Maire ou Président de Conseil Régional, parce que justement même en tant que rebelles, ilsavaient la légitimité de parler au nom des Touaregs. Cependant, Aucun d'entre eux n'a été nommé àun quelconque poste de responsabilité, du fait qu'il ait appartenu à la rébellion, ou sur un accordpréalable.

Aujourd'hui Monsieur le Président, vos propos sur le problème du nord mali, en plus d'être uneingérence dans les affaires intérieures du Mali, n'apaise pas nos coeurs de Touaregs du Niger, suivantattentivement l'évolution de cette question.On a l'impression Monsieur le Président, que vous appelez indirectement les armées de la Cedeao, àfaire un front commun (Tarrayya en langue haoussa) pour combattre les Touaregs, notamment ceuxdu MNLA, qui, il faut le préciser ont toute la confiance des Touaregs du Mali, comme ceux du Nigerd'ailleurs !Faut-il informer ceux qui l'ignorent que pas un seul des Chefs de Tribus Touaregs, Songhaïs, Arabes,et Peuhls du nord Mali n'ont renié au Mnla sa légitimité et sa représentativité.Pourquoi ?

Parce que le Mnla a le soutien de tous les Chefs traditionnels et historiques Touaregs et Songhais. Cetravail, le Mnla l'a accompli à la base, et ils ont réussi à fédérer toutes les forces du nord Mali.Le Président Dionconda traoré du mali, a lui-même réaffirmé son intention de dialoguer avec lesTouaregs du Mnla, pourquoi au Niger doit-on remettre cela en cause ?Monsieur le Président, aussi bien au Mali qu'au Niger, il n'y a pas de Touaregs « ifogasse » maisplutôt "Iforhas » (lire Iforasse) ?En essayant de comprendre votre stratégie de mettre à l'écart le Mnla, il semble que c'est la craintede voir les Touaregs du Niger revendiquer le statut qui serait celui des Touaregs de l'Azawad si uneforme d'autonomie leur est accordée.

Cette crainte est légitime, mais pas suffisante, car de tous lessoulèvements armés au Niger, aucun n'a revendiqué une partition du Pays, car contrairement auMali, les Touaregs sont répartis dans toutes les régions du Niger. Et ce sera plutôt le refus d'un statutviable à ceux de l'Azawad qui pourrait être un prétexte de soulèvements s'il faut en trouver.L'Histoire récente des Touaregs au Mali, est jalonnée d'épisodes sanglants les uns plus que les autres.Dès la veille des indépendances les chefs de tribus de l'Azawad ont réclamé leur Etat à la France, etcela n'a pas vu le jour. Il s'en est suivi des massacres mémorables, voir un ethnocide.

Ainsi :

· De 1963 à 1967 : exécution de centaines de Touaregs, dont Hamzata ag Alkassoum Chef desIdnan, Ebag ag Sidi Mouhamad Chef de tribu Taghat mallat, Bissada ag Rhissa chef KelTaghlit, Mouhamad Belkassoum Chef des Arabes à Kidal, Youba ag Adargajoj Chef de tribuDaw Sahak. Ils ont été pour la plupart d'entre eux exécutés sous les ordres du capitaine Debienvoyé par Modibo Keita.

· 1997 à Wadoucharaf, tout un village et sa mosquée ont été décimés, avec femmes, etenfants dont le Chef Anara ag Icheh Hamadou. Les survivants ont été sauvés par des témoinssonghaïs dont un Nigérien du nom de Tahirou Albarka et le Chef Doumma, qui ont enseveliles morts et ramené les survivants à Ayerou. Je ne citerai pas les crimes de Tchintabaraden, dans l'azawad Nigérien, ou dans l'Aïr lors dusoulèvement du MNJ, car ce n'est pas le sujet.Suite à ces massacres beaucoup d'entre les survivants se sont refugié en Libye ou en Algérie, enrestant toujours Maliens. L'Algérie a remis des dizaines d'entre ces refugiés Touaregs, aux autorités Maliennes qui les ontexécutés !

La Libye quant à elle, a protégé et enrôlé dans son armée les plus jeunes d'entre ces exilés.Aujourd'hui ce sont eux ou leurs fils qui ont constitué une partie de l'armée du Mnla, et non desêtres sans origines ou sans patrie.Monsieur le Président, aujourd'hui à Gao, Tombouctou, Mopti, Diabali., aucun malien à peau clairequ'il soit Touareg, Peuhl ou autre ne peut circuler. Qui peut souhaiter cela ?Monsieur le Président, c'est en tant que Touareg, Songhaï et Peuhl que je vous appelle à plus deréserve sur cette question très sensible dont toute mauvaise analyse peut avoir des répercussionsfâcheuses pour notre Paix si chèrement acquise.

Nous Touaregs, du Niger, vivons cette situation dans notre chaire. L'Azawad (Mali-Niger), l'Aïr(Niger), le Hoggar (Algérie), les Ajjer (Libye) et les Oudalen (Burkina Faso) sont des enfants d'unemême mère (la Communauté Touarègue), mais de pères différents qui sont le Niger, le Mali,l'Algérie, la Libye et le Burkina-Faso. De la même façon que nul ne peut séparer, (en tout cas pas lesfrontières) les Haoussa de l'Ader, du Damagaran, du Gobir, à ceux de Kano, Katsina..C'est pour cette même raison que votre actuel Ministre des Affaires Etrangères Monsieur MohamedBazoum, alors Député de la 5ème République a créé un lobby constitué d'élus de la CommunautéArabe Nigérienne, pour combattre le processus d'expulsion des Arabes Mohamids, que voulait organiser Tanja Mamadou en son temps.

Il a, à cet effet rencontré le Haut Commissaire à laRestauration de la Paix de l'époque Monsieur Anacko Mohamed qui a plaidé sa cause auprès deAlbadé Abouba, Ministre de l'Intérieur et auprès de Tanja. Cette expulsion, grâce aux efforts de Bazoum et le soutien qu'il eut, fut annulée. Et c'est Mr Bazoum des années après qui reprocha à Anacko de soutenir moralement les Touaregs du Mali suite à une intervention sur une radio internationale, ironie de l'Histoire.

Monsieur le Président, si les Nigériens vous ont élu, c'est qu'ils croient en vous ! Alors croyez en nous aussi, et aidez les Maliens non pas à écraser leur Population Touarègue, mais àl'épargner, et à lui laisser cette occasion ultime de choisir son système de Gouvernance comme le luiconfère le Droit International (Article 3 de la Déclaration des nations Unies sur le Droit des PeuplesAutochtones du 13 Septembre 2007, ratifiée par le Niger).Ce n'est pas seulement à nous cadres de l'ex-résistance, d'avoir une réserve sur ce sujet, mais vousaussi en tant que Chef suprême des armées, et Premier Magistrat, d'avoir un discours qui puisseapaiser les coeurs, dans cette quête permanente de Paix, de stabilité et de Cohésion sociale.

Au Niger, un seul Homme politique a su faire preuve de hauteur et de discernement à propos decette question de l'Azawad ou plus généralement, la Question Touarègue, le Président del'Assemblée Nationale, son Excellence Hamma Amadou. Il n'a jamais tenu des propos belliqueux, niincendiaires. Il a toujours eu de la sagesse et même de l'avance sur le temps. On se rappellera le 02Juin 2012, lors du téléthon organisé par Alpha Di au profit des populations Maliennes déplacées,Hama Amadou disait en substance « qu'il faut promouvoir la Paix des coeurs, la Paix à travers ledialogue, car toute Paix conquise par la force ou les armes, est éphémère ».

Aujourd'hui nous sommes à un tournant de l'Histoire, si le problème malien est mal résolu, tous lesdémons qu'on pense avoir chassé définitivement, reviendront plus fort que jamais, et emporterontavec eux, l'Intangibilité des Frontières. Nous sommes en train de vivre un moment singulier !La France a créé les Etats tels que nous les connaissons en y mettant plusieurs ethnies pour qu'ilsessaient de vivre ensemble, et de construire des nations. Cinquante (50 ans) après, elle revient pouraider le Mali à retrouver son intégrité territoriale. Mais n'est-ce pas l'occasion pour elle de corrigerses erreurs ? Et obliger cette fois-ci les régimes des états à redonner à chaque composante son« Intégrité Politique », si le vivre ensemble et la fusion ont atteint leurs limites, notamment au Mali ?

Aujourd'hui, le Mnla a abandonné ses velléités indépendantistes, et s'est démarqué comme toujoursdu terrorisme.Pourquoi faut-il refuser le dialogue avec lui ?Parce que vous craignez que cela ne donne l'envie aux Touaregs du Niger de reprendre les armespour demander la même chose ?Monsieur le Président, au Niger les Touaregs sont dans une autre dynamique, à travers laquelle ilsessaient par leurs propres moyens de s'en sortir, sans que l'Etat aie entrepris quoi que ce soit.Vous êtes parmi les Chefs d'Etats de la Cedeao, celui qui dispose de la plus grande communautéTouarègue. Vous auriez même dû être désigné comme médiateur.

Nous sommes Touaregs puis Nigériens, mais l'Azawad est notre famille, notre sang.Désarmer le Mnla ?A propos du désarmement du Mnla, nous ne pensons pas que cela soit possible ni souhaitable.D'abord parce qu'il y a deux belligérants au moins, qui sont en pourparler, et dont l'un est soutenupar les « armées alliées » et a fait preuve de cruauté en exécutant des présumés complices Touaregs,Arabes, Songhais et Peuhl. Si cette politique continue sans protection des civils, les conséquencesseront dramatiques, et le conflit sera encore plus grand.Ensuite, l'expérience nous a démontré que chaque fois qu'il y a un conflit, suivi d'un dépôt desarmes, les termes des accords conclus ne sont Jamais tenus.Pour toutes ces raisons, et pour l'Humanité, il est donc préférable que le Mnla protège sespopulations, pour ne pas les pousser à épouser les idées des extrémistes qui puisent dans leDésespoir des innocents pour se renforcer.

Laissons le Mnla faire ses preuves, et aidons le Mali à trouver la voie.Du retour de la Démocratie comme solution au Mali?A ce propos, comment peut-on penser à organiser d'abord des élections dans un Pays en guerre,alors même que les plaies nées du conflit ne sont pas pansées ? C'est une façon d'occulter le vrai problème qui mine la stabilité de nos Pays : la Question Touarègue,une esquive dont l'Etat Nigérien a su jusque là user. Les Touaregs appellent cela « alataf feltchilken », c'est-à-dire, tresser des cheveux pouilleux.La Démocratie n'est pas la seule solution, car si au Niger la situation s'est calmée, ce n'est pas à causede celle-ci, mais grâce à des Hommes et des Femmes qui ont voulu encore une fois « essayer la Paix».

Les leaders d'opinion continuent à donner de faux espoirs aux ex-combattants tandis qu'ilssont eux-mêmes exclus du système politique car le fait d'être un ex-combattant est éliminatoire pouraccéder à un poste de responsabilité. Où va-t-on ?Quant à la Décentralisation, nous avions attendu 20 ans pour en voir la tête. Aujourd'hui encore lesConseils Régionaux manquent de tout au Niger !Si le Mali s'y met, dans 20 ans ce ne sera pas l'Aqmistan, mais l'Enfer. C'est aujourd'hui qu'il trouverune solution à ce problème Malien et non demain, Excellence.Du Terrorisme islamique ?Pour finir, je voudrais prendre à témoin le monde entier que le Mnla n'a pas amené les terroristes etles narcotrafiquants dans l'Azawad. Ils étaient là bien avant.

Qui a attaqué Tilia et tué des militaires Nigériens ?

Qui a attaqué Tiloa et tué des militaires Nigériens ?

Qui a attaqué Azelik et pris en otage puis exécuté le Français Michel Germaneau ?

Qui a attaqué Arlit et pris sept (07) otages Français ?

Qui a attaqué en pelin Niamey, le Toulousain et pris en otage Vincent Dolory et Antoine deLéocour le 08 Janvier 2011?

Réponse : Aqmi.

Et tout cela sans l'aide du Mnla.Aucun Etat n'a jugé utile ou n'a été capable de combattre ce groupe jusqu'à ce jour et libérer lesprisonniers Français.Quand le MNA (ancêtre du Mnla), fut crée l'Aqmi régnait dans le nord Mali depuis 10 ans !Nul n'a jugé bon de les combattre, tant que le trafic profitait à Bamako et même à Niamey parricochet.

On aura attendu le Mnla qui a trouvé les forces de l'Aqmi présentes et organisées dans l'Azawad depuis une décennie qu'ATT (Amadou Touamni Touré, ancien Président Malien) s'enaccommodait, pour crier gare.Le monde entier est témoin que le Mnla a conquis le nord Mali, sans avoir tué, menacé, séquestré ouinquiété un seul civil. N'est-ce pas une prouesse que nulle conquête militaire n'a su faire durant cesiècle ?Et d'ailleurs s'il y a quelque chose qu'il faut reprocher au Mnla, c'est d'avoir été très accessible aprèsses conquêtes, à tel point qu'il fut facilement infiltré, affaibli, puis trahi par les groupes terroristes.

Malgré cela, ils n'ont jamais exposé les populations civiles du nord face aux agressions des islamistes,et ont préféré survivre dans le désert, loin des centres urbains, d'où ils ont mené plusieursexpéditions punitives contre leurs adversaires du Mujao, Ansar Dine et Aqmi.Excellence, aujourd'hui la Cedeao sous l'ombre de la France, avance. N'est-elle pas en train de volerau Mnla sa victoire ?Et s'il a fallu toutes ces armées réunies pour chasser les islamistes du nord Mali, pourquoi reproche-tonau Mnla de n'avoir pas résisté à ces groupes, même si par ailleurs il a su le faire ?

Je ne finirais pas Monsieur le Président, sans vous rappeler la disponibilité des cadres de l'exrésistanceà vous aider pour mieux appréhender cette Question Touarègue, à la fois sensible etcomplexe, comme vous nous l'avez demandé juste après votre accession à la magistrature suprême, sans que cela ai de suite

Seydou-Kaocen MAÏGA Touareg, Peuhl, Songhaï
Les réactions
 
Omiata  a écrit
09 Février 2013 01:45:10
Messieurs les TOUAREGS, notre continent l'Afrique est deja assez balkanise, ne le balkanisez plus pour des considerations egoistes et racistes.
En quoi etes-vous differents des autres ethnies ou peuples (pour etre genereux) d'Afrique ? Peut-etre vous etes plus courageux, ou plus achetables par les ennemis des pays dans lesquels vous etes.
Le cas du Mali est assez explicite car les MNLA, MUJAO et autres ANSAR tout ce que vous voulez avez ete plus receptifs aux demons habitants l'ex-president francais Sarkozi et ils ont prefere mettre leur pays a feu et a sang pour des revendications ethnocentristes et voila ou le pays se trouve aujourd'hui.
Je vais vous dire une chose, les conseillers ne sont jamais les payeurs. Pour vous en convaincre, regardez l'Irak, la Syrie et j'en passe. Les traitres a leur pays qui ont mordu a l'hamecon des occidentaux et ont accepte de mettre le feu a leur pays en ont pour leur frais. Ces peuples sont ils plus heureux qu'avant les soit-disants dictateurs qui les gouvernaient ?
Reflechissez avant de vous vendre aux marchands d'armes et d'illusion, pour votre bonheur et surrtout pour le bien de vos pays et de vos concitoyens.
A bon entendeur, salut ! ! ! !