Le Président Alassane Ouattara avait pourtant sonné la charge. Pendant qu'il était encore à l'hôtel du Golf, lors de la crise postélectorale, le patron des républicains avait mis en garde les cadres et responsables de son parti contre l'oubli des militants et les dérives de suffisance et d'arrogance des lendemains de victoire. Au cours de cette réunion, avec humour et ironie, mais non sans fermeté, le Chef de l'Etat avait dénoncé les « coupeurs de route » et tous ceux qui oublient les militants et sympathisants qui ont donné de leur vie et initié de nombreux sacrifices pour l'aboutissement de la lutte. C'est peu de dire que ces hommes et femmes ont payé un lourd tribut dans la quête du pouvoir, de septembre 94 à avril 2011. Beaucoup sont morts, nombreux sont les orphelins et les invalides ! Ce jour-là, quand le président mettait les points sur les i, nombre de ses cadres ont eu des rires jaunes. La vérité était là, dans toute sa réalité. Plus de deux années après la mise en garde du premier citoyen ivoirien, la donne n'a pas changé. La situation s'est même empirée, avec des cadres devenus suffisants, arrogants même et qui ont oublié l'histoire de la lutte. Les costumes sur mesure ont pris désormais la place des tuniques de combats. On a oublié la lutte. Plus grave, on s'est oublié devant les lambris dorés, les délices et artifices du pouvoir. Dès les lendemains de l'investiture du Président Ouattara, le fossé s'est creusé entre la direction et la base. L'appel d'Alassane Ouattara à regarder les militants de base est tombé dans des oreilles de sourd. Ceux qui ont porté le combat et l'idéal de gouvernance de Ouattara, qui se sont érigés en boucliers contre toutes sortes d'épreuves sont devenus des laissés pour compte. Quand ils appellent les cadres avec qui ils ont fait campagne et battu le pavé, ils rencontrent morgue et mépris. Un jeune homme qui a croisé le fer avec la soldatesque de Laurent Gbagbo racontait récemment son désarroi : « j'ai appelé un responsable du RDR avec qui nous avons mené tous les combats. Pas un jour ne passait sans qu'on ne se rencontre. Au téléphone, il me répond régulièrement par ce discours : « je te rappelle après ou encore je suis à table ». Le responsable n'a jamais rappelé et le jeune homme n'a pas mis du temps à comprendre le message. Près de trois ans après l'accession du président Ouattara au pouvoir, la rupture est de mise entre les dirigeants et les militants. Les premiers vivent dans le luxe, la luxure et le lucre tandis que les seconds se contentent de la carte de militant et de ce qui reste des idéaux de la formation domicilié à la rue Lepic de Cocody. Aux uns le gras, aux autres la graisse. Les militants ne comprennent plus et les dirigeants ne se font pas comprendre. Du haut de leur tour d'ivoire, ils regardent ceux à qui ils doivent leur aura et privilèges, avec morgue et condescendance. A vue d'oil, au Rassemblement Des Républicains, on donne dans les mêmes tares et maladies qui ont perdu l'ancien pouvoir. A dire vrai, les militants ne demandent qu'une reconnaissance de leur contribution à la lutte. Quand cela ne vient pas, on tombe dans l'amertume et le sentiment de trahison de la parole donnée. C'est en cela que le RDR et ses dirigeants doivent se réveiller avec la débâcle qu'ils viennent de subir avec les législatives partielles du dimanche dernier. La base par une indifférence vis-à-vis du scrutin, leur a administré une grosse gifle, comme pour dire qu'elle est incontournable dans le landerneau politique. Le dimanche dernier, le RDR n'a pas été défait mais il s'est vaincu lui-même, en se détournant des valeurs qui ont fondu sa popularité et sa force, à savoir une bonne écoute de sa base. C'est un véritable vote- sanction à laquelle nous venons d'assister. A l'approche des élections municipales et régionales, l'avertissement est de taille. Le danger est là et les républicains doivent faire attention. Le pire est à venir si un recadrage politique et un recentrage comportemental ne s'opèrent pas. Sans doute, ceux qui se sont laissé enivrer par le pouvoir doivent nécessairement descendre de leur piédestal, pour épouser les valeurs qui ont fait la marque définitoire du parti républicain. A savoir la solidarité, le partage et la justice. Les cadres sont d'autant plus concernés que les militants sont consternés devant cette situation. Pour les élections locales, il faut rectifier le sort. Pour l'échéance de 2015, il importe de reprendre langue avec la base et de donner satisfaction à ses besoins et à sa vision. Une formation politique ne vaut que par sa base et on n'apprendra pas cela à la direction du RDR qui revient de très loin.. S'il y a aujourd'hui, c'est parce qu'il y a eu hier.
Bakary Nimaga