Les ondes se brouillent peu à peu à la radiodiffusion télévision ivoirienne [Rti, Media publique]. Dans un silence sans écho sonore, sans image et loin de camera inappropriée et non invitée, le directeur général, Lazare Aka Sayé, son directeur général adjoint, Amadou Bakayoko et le conseil d'administration se livrent une bataille. Hors antenne. La semaine du 28 janvier dernier a été la plus mouvementée au sein de la maison bleue de Cocody. Nommé directeur de l'Information en lieu et place de Habiba Dembélé, Cisse Khalil Bacongo, n'a fait que dix jours dans le fauteuil directorial. Il a été dégommé par Lazare Aka Saye par le communiqué numéro 000399/Rti-DG/DRH-TAJ du 31 janvier 2013. Dans les faits, Cisse Khalil Bacongo aurait tenu des propos peu courtois à l' endroit de son directeur générale dont il entrevoyait le dégommage prochain. Et pas dans des termes élogieux, loin s'en faut. Le jeudi 24 janvier, lors d'une réunion avec les chefs de service, le successeur de Habiba Dembele affiche ses prétentions. Il fait savoir qu'il est mandaté « par le Président de la République pour mettre en oeuvre la reforme de la Rti » et n'a « de compte à rendre qu'au Dga [Amadou Bakayoko, Ndlr] et à la ministre de la Communication Affoussiata Bamba ». Exit le Directeur général qui apparait comme un faire-valoir dans l'affaire. Cisse Khalil Bacongo qui s'est même empressé de réclamer son véhicule de service aurait annoncé le licenciement prochain « d'une centaine d'agents ». Seulement, il ne savait pas qu'il était assis sur un fauteuil très éjectable. La preuve, avant midi le jeudi 31 janvier, il est chassé tel un malpropre et remplacé par l'ex-directeur régional de la Rti a la retraite, désormais sous contrat, Traoré Abou. Anticipation de coup par Aka Saye. Mais, le mal qui ronge le Media d'État est profond et un malaise couve dans la maison bleue de Cocody. A la base, le mauvais état d'esprit qui conduit a la mise en oeuvre de la reforme sur laquelle tous les décideurs internes ont travaillé a Grand Bassam lors d'un séminaire. Objectif, remobiliser les ressources humaines restantes après le licenciement de 321 agents en vue de se préparer à affronter la concurrence qui provoquera l'ouverture de l'espace audiovisuel en juin prochain. Si l'objectif annoncé officiellement était de réduire la masse salariale et rendre la Rti plus dynamique à travers son personnel résiduel, les faits aujourd'hui contredisent les tenants de cette thèse. Et pour cause.
Coopérants français, recrutement tout azimuts, poker menteur
Les intelligences réunies à Grand Bassam n'ont pas suffi à diagnostiquer le mal de la Rti et à faire des propositions efficientes. Pour pallier ce déficit, deux français du groupe privé Mediafil ont été recrutés comme « consultants ». Ces toubabs seraient des anciens de France 24 et surtout, des proches du directeur général adjoint. Pour leurs arrivées successives à Abidjan pour « des formations », ils auraient exigé le voyage Paris Abidjan en première classe. Le coût de leur prestation, 19 millions de FCFA. Ce contrat vient d'ailleurs d'être renouvelé. Comme eux, la direction générale qui ne tient nullement pas compte du droit du travail, a choisi de ne pas rappeler des agents licenciés, encore bons pour le service, mais de recruter assez de « consultants » et de jeunes novices. Là où pour la formation, l'institut des sciences et techniques de la communication [Istc, juste derrière la clôture ferait l'affaire], France 2 ou Canal France International [Cfi] qui forme gratuitement sur le continent, n'auraient pas arrangé le petit business juteux en cours sur le dos du contribuable ivoirien. Ainsi, Mamadou Gueye, bien connu dans les milieux sportifs, résident en Afrique du Sud, aurait été recruté en compagnie de son épouse, journaliste. Le salaire de Mamadou Gueye, 2 millions de FCFA quand le salaire de Sakho May, l'épouse demeure un inconnu dans cette sombre équation de recrutement en silence. Gisèle Touré de la chaîne Africa 24 était elle aussi annoncée, mais au final, la Rti n'a pu supporter sa charge financière et ses caprices. Entre temps, la direction générale qui n'a cure du conseil d'administration a décidé de faire de la Rti une entreprise pour débutants. Les nouvelles voix sont nombreuses. Alors que l'on devrait se retrouver avec 523 agents après le licenciement de ceux que l'on soupçonnait plus d'être Fpi ou pro Gbagbo, même si quelques uns sont dans la masse, on en est encore a quatorze directions centrales pour 678 agents. Peut-on payer 523 agents avec la même masse salariale qui servirait aux salaires de 678 personnes ? Ce serait du génie en matière de finance. Sans les avis du conseil d'administration qui n'a pu se réunir pour des raisons de reports successifs, la direction générale avec son bicéphalisme embauche à tout vent. Le directeur des ressources humaines qui a légèrement revu a la hausse le personnel de sa direction au détriment des autres directions, a engagé sa fille a la radiodiffusion avec « un contrat spécial ».Deux assistants informatiques ont été engagés pour le Drh et le Dg avec des niveaux de salaire qui feraient des jaloux, au moins 1 million de F. Cette saignée financière n'a en tout cas pas l'aval du conseil d'administration. Le vendredi 1er février dernier, le Dga a appelé le service juridique pour leur demander « d'être discret sur les honoraires des consultants » rapporte une source bien au fait de ce feuilleton. Il se raconte d'ailleurs que le Dg se la serait mise à dos pour avoir pris des décisions sans s'être référé à cette instance de décision. Le Dg, Lazare Aka Saye qui a vu « dans le ventre de la pile » ne veut pas se laisser coiffer au poteau sans réaction. Joint pour avoir sa réaction sur la reforme telle que mise en oeuvre avec ses « impressions » de « chasse a l'homme », il a préféré couper le micro et brouiller l'antenne par un silence en dépit de deux relances. « Veuillez laisser un message » aura été sa réponse polie de refus. Son Dga avant son voyage en Afrique du Sud [nous y reviendrons] n'a pas aussi répondu à notre sollicitation envoyé sur son numéro Mtn [56xxxxxx]. Car, en fait, à la Rti, des agents, sous le couvert de l'anonymat, soutiennent que le véritable patron est le Dga, Amadou Bakayoko. On comprend donc mieux la sortie de Cisse Khalil Bacongo devant les chefs de service le jeudi 24 janvier dernier. L'ex- Business development director de Canal Overseas Africa, chargé du développement des chaînes, de la diversification et du développement des ressources, mettrait son supérieur hiérarchique devant des faits accomplis. A bien entendre les échanges a son sujet, sa tête ne plait pas. Selon des sources bien au fait des coups bas dans la maison, le Dga serait en mission. Objectif non feint, occuper le moment venu le fauteuil de directeur général. Et il le ferait savoir à qui voudrait l'entendre. Et la mise en oeuvre de la reforme a été une belle opportunité pour effectuer un balayage en douceur, quitte a ce que des mécontentes démissionnent. Échec et mat, on ne démissionne pas mais l'on croit que la boite de Pandore ne vient que de s'ouvrir.
Adam's Régis Souaga