Entre 1995 et 1996 notre pays a connu une montée de la ferveur religieuse avec le foisonnement des églises. Importées d'Amérique latine et des pays de la sous-région surtout du Nigeria, les églises avec des colorations protestantes et évangéliques ont conquis le coeur de beaucoup d'Ivoiriens par des rites et pratiques religieuses inhabituelles telles que les séances de délivrance, d'exorcisme et autres. Avec le temps, ces nombreuses églises ont fini par s'implanter un peu partout dans tout le pays facilitées par une paupérisation des ivoiriens qui recherchent le bonheur. Si certaines églises sont devenues de véritables institutions avec une organisation remarquable en l'occurrence l'église universelle du royaume de Dieu d'origine brésilienne ou encore celle de l'ex-chanteur Guy Vincent, d'autres églises sont en proie à d'énormes difficultés. A contrario de l'église catholique qui reste une seule entité, les églises protestantes et évangéliques restent très fécondent. Ainsi, de nombreuses églises ont vu le jour et continuent de voir le jour grâce à des fidèles qui, selon leur dire, se sentent investis d'une mission divine après un songe ou une vision que leur aurait fait Dieu à travers l'esprit saint. Les moyens faisant défaut très souvent et les fidèles se faisant rares, il est difficile à ses fidèles devenus pasteurs suite à un passage dans une école de formation des pasteurs de trouver un local adéquat après la création de leur église. Ce sont très souvent des habitats de fortune qui servent d'église pour officier les cultes du dimanche et ceux du soir si ce n'est pas des domiciles des fidèles qui sont transformés en église. L'autre astuce trouvée par les pasteurs avec l'ingéniosité de certains fidèles, c'est l'occupation des salles de classe des établissements scolaires et secondaires à caractère privé pour officier les cultes du dimanche. À Abobo et à Yopougon, dans ces deux communes de la capitale Abidjanaise que nous avons visitée ce dimanche 27 janvier, le constat est édifiant. À la place des élèves absents des salles de classe, ce sont des hommes et des femmes, des fidèles chrétiens qui chantent et dansent pour louer les grâces du seigneur Jésus-Christ. Les tables bancs sont rangées au fond des salles de classe afin d'avoir beaucoup plus d'espaces, car louer le seigneur se fait en chantant mais aussi en dansant. Le pasteur officie le culte depuis le piédestal qui habituellement est réservé au professeur. Les établissements scolaires et secondaires utilisés à cet effet sont prêtés volontairement par des fidèles comme leur contribution à la réalisation de l'ouvre du Christ et à l'expansion du Christianisme. Guy Roger est directeur des études au collège sainte foi d'Abobo, il a réussi à convaincre son directeur d'établissements propriétaire de l'établissement de lui prêter l'établissement afin que son église puisse tenir ses cultes. C'est ainsi dans la majorité des cas à l'exception de certaines églises qui font des quêtes afin de compenser le « dommage » que subirait le chef d'établissement vu que l'électricité est utilisée dans certains cas où il y'a des orchestres. Sinon, ces salles de classe sont mises à la location par les responsables des établissements. Des fidèles assurent payer mensuellement entre 5000 et 10 000 francs pour la location. Cette somme est payée grâce aux cotisations des fidèles et à certaines âmes généreuses.
Le ministère de l'Éducation nationale et de l'enseignement technique affirme ne pas être informé de cette pratique mais quoi qu'il en soit cela ne perturbe aucunement le déroulement normal des cours étant donné que les cultes se déroulent les dimanches jour férié pour les élèves. La transformation des salles de classe en église le dimanche se fait de plus fréquemment après les salons des domiciles. Adorer Dieu, chacun y va de sa manière avec les moyens dont il dispose. Dieu est omniprésent.
Namidja Touré