Depuis Félix Houphouët-Boigny à Alassane Ouattara, certains problèmes sociaux ont été reportés ou chaque fois déplacés. Mais ces problèmes sont toujours là, bien visibles. Les revendications des enseignants ne datent pas d'aujourd'hui. C'est à force de les déplacer qu'ils existent encore. Et le mois dernier, ils ont arrêté les cours pendant une semaine. C'est à tort que l'on condamne les enseignants. Sinon, c'est le gouvernement qui avait tout remis au point d'achèvement de l'initiative PPTE (Pays Pauvres Très Endettés). Et six mois après que le PPTE eut été acquis, les problèmes demeurent. Sans une tentative ou une réelle volonté de résoudre les problèmes sociaux qui accablent les Ivoiriens à qui on avait promis qu'avec le PPTE, tout serait rose en Côte d'Ivoire. Et cela depuis 1996, date à laquelle initiative PPTE a été lancée.
16 ans après, le point d'achèvement de l'initiative PPTE a été atteint. Ce, depuis le mois de mai 2012. 16 ans d'attente dans la souffrance, cela mérite qu'on s'attarde un temps soit peu sur les problèmes qui ont été posés depuis longtemps et qu'on a liés au PPTE. Parce que les enseignants, les médecins, les fonctionnaires en général ne devraient plus entendre des phrases comme "patienter un peu encore". Parce qu'ils ont assez patienté. Il n'y a pas longtemps, juste quelques mois avant le PPTE, les enseignants ont encore entendu Kandia Camara, alors seulement ministre de l'Éducation nationale, aujourd'hui, avec un poste de l'Education-Formation cumulées, dire aux enseignants : "Patientez un peu encore. On n'est plus loin du PPTE. Nous allons pouvoir régler tous vos problèmes dès que le point d'achèvement du PPTE est atteint". C'était au cours d'une rencontre avec les syndicats des enseignants à son cabinet. Tous les ministères de tutelle l'ont dit et les travailleurs de l'État ont attendu ou assoupli leurs luttes.
Aujourd'hui, et cela depuis le mois de mai 2012, le PPTE est là. C'est donc normal que les dossiers en souffrance qu'on avait liés au PPTE soient remis sur la table et que les discussions reprennent pour la satisfaction des revendications.
En réalité, c'est parce que nos gouvernants successifs ont considéré le point d'achèvement de l'initiative PPTE comme la panacée à nos problèmes.
LE VRAI VISAGE DU PPTE, SELON JEAN CHARLES TIEMELE (ECONOMISTE-FINANCIER)
"Les avantages attendus au point d'achèvement du PPTE (au titre du PPTE et de l'IADM) sont les suivants: allègement de la dette à travers une baisse du service et une réduction du stock de la dette/ amélioration des ratios de la dette (stock de la dette sur PIB, exportations et revenu ; services de la dette sur exportations et revenu), grâce à l'annulation des intérêts et l'annulation partielle et la restructuration du stock. Amélioration de la solvabilité du pays et possibilités accrues d'accès à de nouveaux emprunts publics. Encouragement aux IDE, accélération des investissements en général et stimulation de la croissance pouvant se traduire par une forte réduction de la pauvreté. Ainsi, l'avantage direct attendu du point d'achèvement du PPTE, c'est une accélération de l'allègement de la dette.
Dans le cas de la Côte d'Ivoire l'allègement attendu est de trois milliards de dollars US au titre du PPTE et de deux milliards de dollars US au titre de l'IADM. Le total de l'allègement attendu est ainsi de cinq milliards de dollars US, environ 2 500 milliards de F CFA. La Côte d'Ivoire a déjà reçu près de la moitié de son allégement estimé au titre de l'Initiative PPTE à la faveur de rééchelonnements et d'opérations d'apurement des arriérés concessionnels passés, soit 1.Cinq milliards dollars US, ce qui ramène le gain attendu à seulement 3.Cinq milliards de dollars US, soit environs 1700 milliards de F.cfa. L'enjeu de ce programme est considérable autant pour la Côte d'Ivoire que pour les bailleurs de fonds (le montant de l'allègement est supérieur à tout ce qui a été payé par le FMI au titre du programme depuis son lancement et représente le 2ème montant le plus élevé après celui de la RDC, 12.Trois milliards de dollars US).
Si l'amélioration des ratios du stock de la dette est immédiate dans tout pays bénéficiaire du PPTE, la baisse du service de la dette extérieur n'est pas évidente. En réalité la baisse du service effectivement payé est très faible, car les pays surendettés n'assurent en général que le service de la dette vis-à-vis des créanciers multilatéraux. Or dès l'atteinte du point de décision, c'est l'ensemble du service sur la dette non éligible qui est payée. C'est ainsi que le Mali par exemple devait, selon les estimations du FMI, rembourser 16,1 millions de dollars en 2010 pour 19,7 millions en 2000 et la Tanzanie ne verrait son service de la dette ne diminuer que de 7% dans le meilleur des cas. En Côte d'Ivoire le service de la dette extérieure augmente en 2012 du fait des paiements croissants aux créanciers bilatéraux et privés (62 milliards des 145.Un milliard d'échéances exigibles, soit 42.7%), qui n'étaient pas servis avant les accords récents sur la dette extérieure. De plus, le pays doit rester à jour de ces paiements sur la durée du programme.
Tous les scénarios esquissés par le FMI dans l'analyse de la soutenabilité de la dette ivoirienne prévoient une hausse des ratios du service de la dette, après la baisse initiale au point d'achèvement, jusqu'en 2017, et une autre hausse à partir 2021 après une brève baisse entre 2017 et 2021. Les obligations qui pèsent sur la dette extérieure conduisent souvent à un alourdissement de la dette intérieure, dont le service s'accroît fortement. Dans le cas de la Côte d'Ivoire, selon les projections du ministère de l'économie et des finances le service de la dette intérieure, après une baisse significative en 2012 (en passant de 869.Huit Mds de F.CFA à 421.Sept Mds de F. CFA), reste compris entre 470 et 570 Mds de F.CFA jusqu'en 2016 et ne passe en dessous de 200 Mds de F.CFA qu'en 2017", écrit Jean Charles TIEMELE (Economiste-Financier) dans un article intitulé "PPTE Côte d'Ivoire : Le point d'achèvement et après ?". Et on est dans l'après PPTE et on ne voit rien encore poindre. Les problèmes sont toujours là. Tout simplement parce que nos dirigeants n'ont pas réellement expliqué le PPTE et le délai pour bénéficier de ses retombées.
Parce que, pour continuer à bénéficier des ressources PPTE, la Côte d'Ivoire doit poursuivre ses efforts de réformes qui lui ont permis de franchir les différentes étapes du processus. Elle doit s'assurer que le cadre macroéconomique est sein (notamment les réformes des secteurs clé de l'économie, l'amélioration de l'environnement des affaires, bonne tenue du commerce extérieur et des comptes extérieurs en vue de bons résultats macroéconomiques), que les performances finances publiques sont bonnes, tout en conduisant une politique de lutte contre la pauvreté et de bonne gouvernance.
On constate que les avantages du PPTE, ce n'est pas demain la veille, comme nous l'ont fait croire, depuis 16 ans, nos différents dirigeants pour juste déplacer les problèmes. On doit encore attendre pour bénéficier de réelles retombées du PPTE, si bien sûr, nos dirigeants pratiquent la bonne gouvernance.
GUY TRESSIA