El hadj Koita Ousmane est le doyen d'âge de tous les guides religieux sunnites de la cité du Poro. Il est l'Imam principal de la mosquée ''Masdjid Nour'' de Korhogo, la plus ancienne des mosquées sunnites de cette région du Nord de la Côte d'Ivoire. L'imam a été honoré président de ''Al Falah 2012'', la deuxième édition du séminaire islamique de la J-AMSCI qui s'est déroulé du 03 au 09 septembre 2012 à l'INFAS de Korhogo. Dans cette interview, l'imam parle, sans détour, de l'implantation des sunnites et des divergences qui les divisent dans la ville de Gbon Coulibaly.
Salam moualékoum wa ramatoulaye
WA Aleikoum Salam waramatoulaye wa barakat
Depuis quand êtes-vous installé à Korhogo?
Je suis venu, du mali, de ma région d'origine, Kai, depuis 1959. Je suis venu faire du commerce à Korhogo. Mais, je suis venu aussi avec la pratique de la sounna que je n'ai pas abandonnée. Mon tuteur d'alors était Feu Bakary Gueleni Coulibaly, un richissime commerçant qui était installé ici à Korhogo.
Comment s'est passé l'implantation des musulmans sunnites à Korhogo?
L'islam avait gagné le coeur de l'homme d'affaire. Il a mis à disposition une cour de 5 maisons, situé au quartier Banaforo, pour qu'on en fasse une mosquée. Au fil du temps Allah envoyait plus de monde à sa religion et la première mosquée s'étant avérée à la longue petite notre frère nous a donné une autre de ses cours, plus grande que la première, dans le même quartier, où se trouve l'actuel emplacement de notre mosquée ''Nour''.
C'est aussi lui qui a financé les travaux de construction de cette mosquée ?
Oui, dans un premier temps la mosquée avait été construite en banco. Il y avait des maisons qui la jouxtaient que notre frère feu Bakary a achetée et dont nous avons utilisé le terrain.
Aviez-vous consultez, au préalable, les autorités compétentes de la ville avant d'entreprendre tout ceci ?
Oui, nous avons approché le chef de terre de Korhogo, feu Bema Coulibaly, qui avait émis un avis favorable. Il nous a dit que nous pouvions construise notre mosquée où nous le voulions et nous a même donné des garanties en ce qui concerne notre pratique de l'islam c'est-à-dire comme nous l'a enseignée le prophète.
Comment expliquez-vous cette facile installation des sunnites dans cette région jalouse de ses valeurs traditionnelles?
L'islam ne nous appartient pas, c'est la religion d'Allah qui l'implante où il veut. Et aussi tout ne sait pas passé aussi facilement, pas tout à fait. Certes, Feu Bema Coulibaly nous a dit qu'ici la terre leur appartient et que nous pouvons pratiquer aisément notre religion, mais l'installation n'a pas été facile. En ce temps là, des gens qui pratiquaient un islam approximatif ici ont tenté en vain de s'opposer à la religion d'Allah. Ils sont allé jusqu'à interdire la pratique de la sounna à Korhogo. Ils s'en prenaient à ceux qui priaient dans notre mosquée dans la ville. Ils sabotaient nuitamment le chantier de construction de notre mosquée. Nous étions parfois attaqués en pleine prière. Ils ont même envoyé un ingénieur des travaux publics nous demander d'arrêté de construire notre mosquée sous le prétexte qu'une mosquée ne peut être construite en face d'autres maisons.
Ah Bon?
Il sourit, Oui. Ils ont même poussé des jeunes de la ville à se soulever contre nous. Des jeunes surexcités qui scandaient qu'ils n'accepteront jamais que des musulmans attrapent leurs mains pour prier, à Korhogo, comme nous le faisons. Ils ont menacé de chassé Feu Bakary Gueleni, le richissime commerçant malien de Korhogo, qui nous finançait.
Et que s'est-il passé par la suite?
Il sourit. Nous ne nous sommes pas laissé distraire. Nous avions l'autorisation des chefs locaux avant de commencer quoi que ce soit comme le demande la sounna. Nous avions parmi nous des fils de la région comme Feu ladji Koné Massa, un commerçant sénéfou qui a contribué en grande partie aux travaux de la mosquée ''Nour''. Nous avions le soutien personnel de feu Bema Coulibaly, et d'un autre fils du vieux Gbon Coulibaly, un gradé de l'armée, qui avait aussi pris fait et cause pour nous. C'est ce dernier qui, le jour de la cérémonie d'inauguration de notre mosquée, à l'ouverture des portes. Il nous a donné l'assurance de ce que personne ne pouvait nous empêcher de pratiquer l'islam à Korhogo.
Et les fils de Gbon on-t-ils tenu parole?
Se sont des gens fiables, ils ont tenu parole, qu'Allah leur donne les mérites. En ce qui concerne l'agent des travaux publics nous lui avons nous même rétorqué que la plupart des mosquées se construisent devant d'autres maisons et ça n'a jamais dérangé en rien, bien au contraire. Un autre agent des travaux publics nous a dit par la suite que son collègue n'avait pas été juste envers nous et nous a soutenus. Aux jeunes, Feu Bakary Gueleni a rétorqué que nous ne forcions pas leurs parents à suivre la sounna en conséquence qu'ils nous laissent tranquille.
Et les choses sont rentrées dans l'ordre?
Oui, à la longue, avec les enseignements, ils ont compris la religion et le nombre de fidèle ne faisait qu'augmenter. Feu Gueleni nous a donné une voiture pour faire la Dawa dans les petits villages. A la 1ère prière de Djouma, il nous a confectionné 300 lettres d'invitations. Nous avons sollicité et obtenu des arabes qui nous viennent en aide à l'issu d'une Oumra. Notre mosquée fut la première mosquée sunnite de Korhogo et feu Thiam Moctar fut le premier à être imam.
Et vous imam quand es-ce que vous avez été mis à la tête de la communauté des musulmans sunnites de Korhogo?
Apres son décès j'ai été désigné. J'ai été désigné comme le veut la sounna de rasoul paix et salut d'Allah sur lui. Mais j'ai eu peur de l'immense responsabilité qu'on me confiait et j'ai refusé. Mais la communauté n'a pas voulu revoir sa position et j'ai accepté de faire le travail. Ce fut à la date du premier coup d'état de Moussa Traoré au Mali.
Vous êtes aujourd'hui le doyen d'âge des imams sunnites de la région du Poro même si vous paraissez moins âgé que certaines personnes âgées de la communauté sunnite de la région que nous avons vues. Quel âge avez-vous donc, imam?
Je suis né en 1926, faite le calcule vous-même.
Aujourd'hui combien de mosquée compte la ville de Korhogo ?
Après notre 1ère mosquée, Masdjid Nour, Feu Bakary a offert un terrain à notre communauté situé au quartier Jean de la force pour créer une Madarassa (école islamique). Nous y avons construit aussi une mosquée, Masdjid sounna que certains appelaient ''la mosquée de la poste'' qui est officiellement la '''masdjid Firdaouss'' depuis cette année. Et ensuite nous avons construit la mosquée ''Samaké' dans les années 2008. Il y a aussi la mosquée du docteur Bazoumana Coulibaly, au quartier Haoussabougou, qui suit la sounna.
A part ça on compte une trentaine de mosquée qui officie la prière de Djoum'a à Korhogo et au moins 150 mosquées au total.
Et comment se fait la collaboration avec les autres communautés religieuses de Korhogo? Es-ce que vous travaillez avec une autre communauté musulmane pour l'avancé de l'islam a Korhogo ?
Un cadre de la région, Tuo Navigué, président du conseil national islamique, m'avait fait la proposition d'accepter d'être le responsable de tous les imams de Korhogo mais je lui dis que je ne pouvais pas accepter. En ce qui concerne l'avancé de l'islam à Korhogo un principe des sunnites est qu'il faut pratiquer scrupuleusement l'islam comme rasoul paix et salut sur lui le faisait. Nous ne travaillons qu'avec ceux pratique scrupuleusement la sounna. Nous ne pouvons nous associé à ceux qui négligent cela ou innovent dans la religion d'Allah.
Ce n'est un peu trop tranché cette façon de voir ?
Non, pas du tout. Le prophète paix et salut d'Allah sur lui (prière dite à chaque fois que le nom du prophète de l'islam est évoqué) était une fois monté sur le pupitre tout en demandant aux sôhabas (compagnon du prophète Muhammad) de le regarder prier et il a dit : ''prier comme vous m'avez vue prier. Celui qui prie comme j'ai prié qu'il soit rassuré de mon intercession le jour de la résurrection. Celui qui ne va pas le faire je vais le désavouer'' et ensuite le prophète paix et salut d'Allah sur lui a dit ''après ma mort il y aura beaucoup de tendance dans ma religion. Toutes iront en enfer sauf celle qui va s'attacher fermement à ma pratique. Entendez par là celle qui va pratiquer la religion comme je l'ai fait.''
C'est la raison pour laquelle le vieux ne collabore pas avec les autres?
Oui, c'est pour cette raison. Je ne collabore pas avec ceux qui font des choses que ni le prophète, ni ses compagnons n'ont jamais faits. Par exemple, pas avec ceux qui laissent leurs filles et leurs femmes allé au marché sans mettre le voile en violation flagrante du verset 59 de la sourate 33 du saint Cor 'an. Moi je ne peux pas accepter cela.
Je ne collabore pas avec des guides musulmans qui laissent leurs femmes sortir chercher la nourriture pour la maison pendant qu'ils sont couchés à la maison à ne rien faire. Je ne collabore pas avec ceux qui par exemple refont le baptême de celui qui est plus âgé que tous leurs ancêtres. Je veux parler du Maouloud (célébration de la naissance du prophète de l'islam). Dans la langue malinké et islamique il n'existe pas le mot anniversaire. C'est un baptême qu'ils font et qu'ils ont introduit dans la pratique islamique. Au jour de la résurrection le prophète paix et salut d'Allah sur lui va dire à des gens que les anges vont empêcher de rentrer au paradis ''laissez les rentrer,'' et les anges vont dire ''es-ce que tu sais ce qu'ils ont fait contre ta religion derrière toi? Ils ont tout transformé.'' Et rasoul dira ''éloignez les de moi je ne les reconnais pas!'' Qu'Allah nous en garde.
Amine!
Es-ce que la collaboration entre la jeunesse et les anciens de la communauté sunnites se passe bien?
Nous sommes d'accord sur certaines questions mais aussi comme toute relation humaine d'avis partagé sur d'autre.
Par exemple comment gérez-vous les problèmes de succession dans la communauté sunnite de Korhogo ?
Il y a eu ici un grand désaccord qui a secoué notre communauté dans le grand nord. A la différence des crises que nous voyons ailleurs cette crise ne concerne pas la façon de pratiquer la religion islamique mais des problèmes de personne.
Pouvez-vous etre plus explicite imam ?
En 2008, des jeunes ne voulaient plus de certains imams. Moi je suis vieux aussi et je ne peux vraiment plus me consacré aux taches de la mosquée comme du temps de ma jeunesse. J'ai reconnu que nous avons une très bonne voiture, mais pas de bon chauffeur, pour parlé de notre communauté. Le problème était tel que des frères continuaient leur chemin lorsqu'ils venaient prier Djouma et qu'ils se trouvaient que s'était l'imam qu'ils ne voulaient pas voir. Mais dans notre religion, comme le veux la pratique du prophète paix et salut d'Allah sur lui, j'ai porté mon choix sur quelqu'un pour assuré mon intérim. Mais certains fidèles, vieux comme jeunes, sans aucune science se sont impliqués dans l'affaire pour réglé la question et ont voulu procédé selon leur entendement. Je répète que nous restons attachés aux principes de la religion tels qu'ils nous ont été légué par rasoul paix et salut d'Allah sur lui. Certains ont même voulu qu'il y ait un vote. J'ai dit non, en temps que premier responsable des sunnites du nord!
Vous étiez donc face à une rébellion ?
Oui. Mais, c'est par le dialogue que le prophète paix et salut d'Allah sur lui recommande dans ce genre de fronde et c'est l'amîr qui a le dernier mot c'est dire moi.
Sogodogo Alassane a reçu 16 lettres venu des musulmans sunnites de la ville, mais qui proposaient des solutions qui n'avaient pas de fondements islamiques. J'ai donc procédé par la sensibilisation en interpellenant un de nos fils, une des fiertés de notre communauté, le Dr Bazoumana Coulibaly, sur le fait que des non sachant s'impliquent dans les questions de succession dans la mosquée, sans science.
Et finalement avez-vous trouvé une solution ?
Malheureusement, le Dr Fatigua est venu et n'a pas pu nous réconcilié. Il a même désigné quelqu'un comme son représentant à Korhogo et aussi le Dr Bazoumana à crée sa propre mosquée. Mais aujourd'hui, nous regrettons tous cette incompréhension, nous prions ensemble nous faisons tout ensemble mais la question n'a pas été réglé. Ce n'est pas bon. Nous sommes tous de bon musulman et c'est une situation que je veux voir réglé le plus vite parce que ça nous gène tous. Je suis vieux et je prie qu'Allah règle cette question là le plus vite.
Justement, la jeunesse de l'AMSCI vous a honoré en vous choisissant comme président du séminaire national de formation islamique Al Falah 2012. Quel effet ça vous fait ?
Qu'Allah leur donne les mérites de leur acte. Je pense que j'ai de la chance et je remercie Allah pour tous ces honneurs que les gens me font. Nous avons beaucoup été éprouvé dans notre jeunesse si aujourd'hui Dieu nous donne des honneurs nous l'en remercions.
Qu'est ce que vous pouvez lancé e comme message à la communauté musulmane ?
Je n'aime pas l'hypocrisie, c'est-à-dire faire semblant. Donc je conseille aux musulmans d'etre engagé dans tout ce qu'ils font. Après chaque prière, demandé pardon à Allah pour les péchés de notre communauté et prier pour qu'Allah nous préserve de la pire tentation qui arrive, celle de Dadjal. Par la grâce d'Allah je suis allé 7 fois à la Mecque, je ne me suis jamais retrouvé seul avec la femme d'autrui à huit clos. Je ne suis plus jeune mais je fais l'effort de me lever les nuits pour faire mes prières surérogatoires. Je fais l'effort de faire toutes les prières de Tarawid durant le mois de ramadan. Voici ce que je souhaite que tous les musulmans fassent, faire l'effort de faire mieux. Je souhaite que nous fassions l'effort de suivre le prophète paix et bénédiction d'Allah sur lui dans sa pratique de l'islam.
Réalisée par S.G à Korhogo