Le président du Sénat de la République démocratie du Congo (RDC), Léon Kengo wa Dondo, s'est offert le lundi dernier une sortie peu tendre contre le gouvernement du Premier Ministre Matata Ponyo, stigmatisant l'absence des recettes de certains domaines porteurs dans la rubrique des revenus du budget du gouvernement pour l'année en cours. Un fait peu habituel pour cet opposant pourtant considéré comme étant proche du pouvoir.
La chambre haute du Parlement a ouvert une session extraordinaire le lundi 18 juin afin de lancer l'examen du projet du budget 2012 du gouvernement dirigé par le Premier Ministre Augustin Matata Ponyo.
Dans son allocution de circonstance, le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo a pertinemment souligné l'absence des recettes attendues des secteurs porteurs des hydrocarbures, des mines et des télécoms dans le Budget en cours déjà adopté à l'Assemblée nationale.
Le projet budgétaire gouvernemental est de 7.577 milliards de Francs Congolais en équilibre des recettes et dépenses. Le gouvernement Matata n'a retenu que les recettes ravitaillent traditionnellement le budget national, notamment, des recettes fiscales de la Direction générale des impôts (DGI), de la Direction générale des douanes et accises (DGDA), et les recettes parafiscales générées par la Direction générale des recettes administratives, judiciaires, domaniales et de participations (DGRAD), a relevé le président du Sénat Léon Kengo wa Dondo. Et d'ajouter que le Budget reprend aussi des maigres recettes provenant des producteurs pétroliers.
Et le président du Sénat de se demander « comment envisage-t-il [Matata Ponyo] mobiliser près de 87 milliards Usd pour l'année 2012 sans l'apport financier des secteurs cardinaux non mentionnés que sont les mines, les télécoms et les hydrocarbures ».
Léon Kengo a donc posé le quid de la raison de l'omission de ces recettes de ces secteurs porteurs en pleine croissance dans le projet budgétaire et la direction que prennent ces recettes.
«Pourquoi ces secteurs n'apparaissent pas dans la rubrique des recettes courantes de l'Etat ?».
Avant de stigmatiser cette absence, Léon Kengo wa Dondo a fait état des certains déséquilibres relatifs à l'augmentation sélective des crédits de certains ministères et institutions publiques aux dépens d'autres subissant d'incontestables coupes sombres.
Fin connaîseur du dossier, M. Kengo a par ailleurs évoqué la situation sociale des fonctionnaires de l'Etat, des policiers et militaires, de enseignants, médecins et infirmiers et d'autres couches sociales. Il a mis en exergue la nécessité du maintien des niveaux des crédits alloués en 2011 aux dépenses des rémunérations pour l'intérêt de tous et l'efficacité de l'Etat.
Pourquoi maintenant ?
Arrivé 4ème à l'issue de l'élection présidentielle du 28 novembre 2011 avec 4,75%, cet homme, un vieux loup de la politique mobutienne, reste pas moins l'un des opposants les plus proches du régime de Kinshasa. L'on se rappellera bien qu'il a été pris à partie par des « combattants » à paris pour son présumé soutien au régime de Kabila. Une image qu'il n'a pas du tout essayé de s'en débarrasser.
La spectaculaire sortie du président de l'Union des Forces du Changement (UFC) semble donc contraster à son habituel positionnement de « chauve-souris », le mettant clairement dans le camp des opposants, pour ceux qui en doutaient.
Mais par-dessus tout, les raisons de cette « Fatwa » poussent au questionnement. A la question de savoir pourquoi est-ce que « l'homme de la rigueur » en veut au gouvernement de Matata Ponyo, un de ses proches qui a requis l'anonymat affirme à direct.cd que Kengo wa Dondo en veut à Joseph Kabila parce que ce dernier lui aurait promis la primature, et qu'il n'a pas tenu ses paroles en nommant Matata Ponyo.
« Quelques semaines après sa prestation de serment, le Président [Kabila] avait demandé à Kengo d'être son futur Premier - Ministre », raconte-t-il.
« Après une certaine réticence, Kengo avait donné son aval, mais le président avait changé d'avis pour désigner finalement Matata, il n'aurait pas apprécier les conditions posées par Kengo », ajoute-t-il.
Mais pourquoi le Président Joseph Kabila a-t-il changé d'avis ? Notre source affirme que le président « Kabila a pour habitude de ne pas tellement tenir ses promesses », arguant qu'il (le président) « avait promis la même chose à Boshab [secrétaire général du PPRD] ou encore à Kiyungu [allié au PPRD] et Dieu sait qui d'autres ».
Des affirmations d'autant plus crédibles que Kengo wa Dondo était fortement pressenti pour succéder à Adolphe Muzito à la primature. C'est finalement Augistin Matata Ponyo qui raflera la mise sur la barbe du président du Sénat. L'homme, calme de nature, aura gardé une « dent » non seulement contre le Président Kabila, mais aussi et surtout contre Matata Ponyo, s'estimant, selon notre source, plus apte et qualifié à ce poste.
Un dossier donc à suivre dans cet environnement politique congolais où la guerre entre fractions politiques alliées ou non fait rage et où les intérêts du peuple congolais n'ont jamais été mis au devant.
Julian Ngwej Nadie