Deux mandats d'arrêt internationaux sur la vingtaine lancée par la justice ivoirienne contre des partisans du régime de Laurent Gbagbo viennent d'être exécutés. Il s'agit de ceux qui visent l'ancien ministre de la Défense de l'opposant historique ivoirien entre 2000 et 2002, Lida Moïse Kouassi. Exilé au Togo depuis la fin, en avril 2011, de la crise postélectorale imputable à son mentor, il a été arrêté le 7 juin à Lomé et extradé dans la soirée à Abidjan. Le Togo est le premier pays à avoir mis en exécution un mandat d'arrêt de la justice ivoirienne contre des dignitaires de l'ancien régime exilés pour la plupart dans ce pays, au Ghana et au Bénin. Toutefois, c'est à son corps défendant que Lomé a arrêté et livré celui à qui il avait accordé l'asile. C'est pour n'avoir pas respecté le droit de réserve auquel est astreint tout réfugié dans un pays, que Lida Moïse Kouassi a été extradé. A priori, il ne faut pas voir de lien direct entre cette arrestation et la présence du président ivoirien, Alassane Dramane Ouattara (ADO), à Lomé pour le 16e sommet des chefs d'Etat de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). Le Togo n'a pas voulu servir de base arrière pour déstabiliser la Côte d'Ivoire ; une éventualité à laquelle, selon toute vraisemblance, l'alpagué se préparait à travers ses déclarations politiques dans la fameuse presse bleue ivoirienne (les journaux pro-Gbagbo) et au regard de documents jugés compromettants saisis sur lui. Après l'ex-aide de camp de Simone Gbagbo, le commandant Séka Yapo Anselme dit Séka Séka qui était venu se jeter dans la gueule du loup en octobre 2011, Lida Moïse Kouassi est la deuxième figure emblématique pro-Gbagbo à être prise dans les filets de la justice ivoirienne. Mais en termes d'importance, il est le tout premier cacique extradé vers la Côte d'Ivoire. Il n'a pas eu la chance d'autres figures de proue exilées et qui courent toujours comme par exemple le leader des jeunes patriotes Charles Blé Goudé. Depuis un certain temps, le « général de la rue » a réussi à se faire oublier. Il a rompu avec les sorties tonitruantes dans des médias ivoiriens ou occidentaux et se tient désormais à carreau. L'ex-ministre de la Jeunesse a sans doute compris qu'il vaut mieux se taire pour ne pas compliquer sa situation plutôt que d'en rajouter avec des propos haineux comme savent si bien le tenir bon nombre de pro-Gbagbo qui n'ont pas digéré jusque-là la chute peu glorieuse de leur mentor. Toute chose qui ne favorise pas la réconciliation nationale après laquelle le pays court toujours et dont une lueur d'espoir vient de naître avec la rencontre, cette semaine, entre le Premier ministre, Jeannot Ahoussou et une délégation du parti de Gbagbo, le Front populaire ivoirien (FPI). Il faut souhaiter que ceux de ses partisans qui cherchent tout le temps des prétextes pour ne pas aller à la réconciliation ne saisissent cette extradition d'un des leurs pour tout remettre en cause. En attendant, les refondateurs qui se sont réfugiés à l'extérieur doivent savoir qu'une chose est d'avoir pu s'extirper d'Abidjan en abandonnant Gbagbo « bunkerisé », à son triste sort et une autre est de savoir se comporter en exil pour ne pas être expédié comme un colis en Côte d'Ivoire. Dans ce sens, l'arrestation et l'extradition de Lida Moïse Kouassi ne manqueront pas de constituer un sérieux avertissement aux pro-Gbagbo exilés qui rêvent toujours de vengeance. C'est un message à ceux qui s'agitent : s'ils ne se tiennent pas tranquilles, ils connaîtront le sort de l'ancien ministre de la Défense de Gbagbo. Mutatis mutandis, on dira qu'un exilé averti en vaut deux.
Séni DABO