Un égoïste est incapable d'aimer un ami ; mais il ne peut se passer d'amis : il ne s'aimerait jamais assez à lui tout seul(Eugène Labiche )
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Nicholas Sarkozy ou la défaite de l'hyperprésidence.
Article publié le: 16 Mai 2012 - Auteur: Dr Famahan SAMAKÉ - Source: Lebanco.net
La défaite de Nicholas Sarkozy à la dernière présidentielle française consacre surtout celle de l'hyperprésidence.

J'entends par hyperprésidence, un système politique outrageusement dominé par un président omniprésent, omnipotent et omniscient. C'est un système où le président ne se contente point de déléguer une large partie de son pouvoir à ses collaborateurs - notamment le premier ministre et les ministres - mais dans lequel il veut tout inspirer, tout exécuter, tout évaluer et récolter les dividendes politiques de tout ce qui marche bien dans le pays.

François Fillon, l'unique premier ministre de Sarkozy n'est parvenu à garder le poste aussi longtemps qu'au moyen de son effacement personnel devant la personnalité écrasante de son patron. Il n'a jamais osé le contredire sur rien du tout en cinq ans. Ceux qui ont osé penser par eux-mêmes et qui ont osé exprimer ce qu'ils avaient sur le cour l'ont payé de leur carrière politique. Ce fut le cas pour Rachida Dati, pour Rama Yade et sans doute aussi pour Jean-Louis Borloo.

La pétillante Rama Yade en particulier fut un cas d'école en refusant de se présenter à des élections locales et européennes sur injonction du maître de l'Élysée avant de fustiger la pompeuse visite officielle du dictateur Mouammar Kadhafi en France du 10 au 12 décembre 2007. Elle a été purement et simplement débarquée du secrétariat d'État aux droits de l'Homme pour avoir pensé autrement que M. Sarkozy. Cependant, ainsi que le printemps arabe l'a montré, c'est elle qui avait raison puisque le même Nicholas Sarkozy a mené la charge de déconstruction du régime de Kadhafi et de la mise à mort du dictateur le jeudi 20 octobre 2011. Ensuite, au secrétariat d'État aux sports, Rama Yade a fermement condamné le luxe insolent de l'hôtel des Bleus en Afrique du Sud avant même le début de la compétition. Là aussi, le résultat insipide de la sélection française durant la dernière coupe du monde a non seulement couvert la France d'opprobre, mais a surtout donné raison à la gazelle d'origine sénégalaise.

Finalement, les anciens ministres de Sarkozy sont allés grossir le rang de ses opposants politiques de même que les chiraquiens et les villepinistes outrés des procès intentés contre les anciens président et premier ministre UMP. Pour tout dire, Sarkozy n'était pas seulement le chef d'orchestre mais le musicien qui jouait de tous les instruments de l'exécutif pendant les 5 dernières années en France. Il débordait d'énergie en étant partout à la fois, en parlant de tout et en proposant des solutions personnelles et individuelles à tout problème national, européen ou international. Être partout à la fois, tout savoir en même temps et pouvoir tout faire tout seul n'étaient plus les vertus du seul Créateur divin car Sarkozy était son émule ici bas. Mais comme on vient de le voir, les Français n'ont pas apprécié et viennent de le sanctionner dans les urnes. Nul n'est assez beau, ni assez intelligent, encore moins assez compétent pour tout savoir et savoir tout faire, ni pour tout régler tout seul. L'hyperprésidence est une erreur de gouvernement et une aberration de l'être humain, simple mortel, qui tente de se hisser au niveau de Dieu. Le Créateur divin lui-même a délégué de son pouvoir à nos différents leaders ici-bas, empereurs, rois, présidents et premiers ministres. Nos présidents devraient pouvoir déléguer à leur tour une partie de leur pouvoir à leurs collaborateurs et cesser de penser qu'ils sont l'alpha et l'oméga dans leurs nations respectives.

L'expression la plus éloquente de l'échec de l'hyperprésidence sarkozienne est la chute du pouvoir d'achat des Français et la montée spectaculaire du taux de chômage qui a atteint récemment le record de la fin des années 90. L'homme avait pourtant été élu grâce au slogan ''travailler plus pour gagner plus''. La France, sous sa gouvernance, a aussi perdu son triple A chez Standard and Poor's. La crise financière mondiale de 2008 n'a certes pas arrangé les choses mais la France semblait moins bien préparée que d'autres pour l'affronter. Voilà ce qui advient lorsque la destinée d'une nation repose sur la compétence et l'industrie d'un seul homme.

Dr Famahan SAMAKÉ