C'est tout de même étrange ! Adama Tounkara, Dagobert Banzio, Mabri Toikeusse étaient assis derrière le chef de l'Etat. A l'étape de Duékoué, le lundi 23 avril, lors de sa visite d'Etat à l'ouest. Et aucun d'entre-eux n'a eu le courage de dire au chef de l'Etat, la vraie signification d'une vraie doléance à lui soumise, en langue locale, par le porte-parole des chefs traditionnels de cette localité. En effet, après la libation, le porte-parole des chefs traditionnels, s'adressant au chef de l'Etat, a fait plusieurs doléances dont celle-ci : «Monsieur le président, parlez à vos enfants Frci qui passent leur temps à nous tuer.». Lourd silence dans la foule. Le traducteur, originaire de Bangolo, sonné, hésite quelques secondes et traduit : « Monsieur le président, les chefs traditionnels vous souhaitent la bienvenue, avec les bénédictions des ancêtres ». Stupeur et murmures de désapprobation dans la foule. Le chef de l'Etat qui perçoit la chose, s'interroge. Derrière lui, au troisième rang, quelqu'un lance : «Que Toungara qui est d'ici et qui se prend pour un guéré à 300% rectifie maintenant». Mais Toungara ne fera rien. Avait-il au moins compris ? Le Chef de l'Etat, après toutes les interventions, prendra la parole pour dire entre autres choses : « (.) je suis venu ici pour dire aux populations de Duékoué, que la Côte d'Ivoire ne vous oublie pas. Je suis venu vous apporter la compassion de la nation entière. Ahossê, Ahossê, Ahossê ! (Applaudissements.). Je voudrais vous dire que je m'incline, au nom de la nation, devant la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui ont perdu la vie pendant les crises successives que notre pays a traversées. Je voudrais souligner ma volonté de mettre fin à l'impunité. Oui, tous les meurtriers seront punis, seront déférés devant la justice. Nul ne sera épargné.». Voilà qui a dû faire énormément plaisir au traducteur et à tous ceux qui ont laissé croire au président qu'on lui souhaitait « la bienvenue avec les bénédictions des ancêtres » alors qu'on le suppliait de dire un mot aux « Frci » afin qu'ils arrêtent « de tuer. ». Espérons que le porte-parole des chefs traditionnels ne sera pas contraint à l'exil après ses propos.
Daniel Sovy