N'da Lucienne
Dans son bureau situé au bas des tribunes 3 du stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan, l’ex-championne d’Afrique de saut en hauteur, Lucienne N’da, se creuse les méninges pour redonner un nouveau souffle au saut en hauteur ivoirien. La discipline est quasi-inexistante des écrans radars du sport ivoirien depuis de très longues années faute de moyens didactiques à en croire la championne, accusée de dopage par sa propre fédération en 1996. C’était peu avant les jeux olympiques d’Atlanta.
« Cela a été une période noire de ma carrière d’athlète de haut niveau » confie-t-elle.
Le temps a passé lebanco.net a pu retrouver l’athlète afin d’évoquer son actualité et ses projets sans omettre ses souvenirs. Issue d’une « confrérie » de six filles dans une famille baoulé dirigée de main de maître par un père militaire, la jeune Lucienne N’da s’éprend pour l’athlétisme et principalement le saut en hauteur.  « Nous sommes six amazones » affirme cette gazelle baoulé à la beauté et au teint noire atavique. « Mon père me frappait tous les jours à mon retour des entraînements qui se déroulaient à l’université d’Abidjan (aujourd’hui Université Félix Houphouët-Boigny de Cocody) ; j’étais un garçon manqué » raconte Lucienne N’da, qualifiée de forte tête du ministère de la Promotion des Sports, de la Jeunesse et des Loisirs.
Née le 6 juillet 1965 à Adjamé (Abidjan), Koffi N’da Adjoua Lucienne de tout son nom est inspectrice d’éducation physique et sportive après son admission à la fonction publique en 1986. Elle fait partie à titre exceptionnel du corps de conseillers d’éducation physique et sportive. Depuis janvier 2013, elle est conseillère et assistante du directeur générale de l’office national des sports (Ons).
Constatant une mort sans agonie du saut en hauteur, elle a décidé de revenir sur la piste et est depuis Mai 2014, « entraîneur national de saut en hauteur ». Bénéficiaire d’une bourse de la coopération française après son record d’Afrique  junior avec 1, 77m en 1983 à 17 ans, Lucienne N’da part à Paris (France) pour une formation. Deux ans plus tard, en 1989, elle bat le record d’Afrique toutes catégories maintenu jusqu’en 1998. En 1992, avec 1,95m en Ile Maurice, Lucienne N’da confirme toute sa classe. « J’ai donné à la Côte d’Ivoire un record continental, pendant 9 ans j’ai été recordwoman d’Afrique » soutient celle qui a été décorée officier dans l’ordre du mérite ivoirien le 16 janvier dernier. La reconnaissance d’un don de soi à son pays.
« Je suis une personne très attachée à ses ressources, je suis celle qui préfère donner à son pays, j’ai refusé la nationalité française malgré une cours assidue » confie l’ex-championne d’Afrique.
La sélection en équipe nationale ivoirienne pour le championnat d’Afrique en 1982 « à la surprise de mon père » lui vaut considération et estime de la part de ce paternel fouettard.
Des années plus tard, le saut en hauteur n’existe plus que dans les annales mais sur le terrain.
« C’est parce que Lucienne N’da a commencé à voir que sa discipline tat aimée a commencé à mourir qu’elle retourne sur le terrain mais il faut savoir que le manque de matériels didactiques démotive les enfants » regrette-t-elle.
Grognonne, elle dénonce la part belle faite au football là où les autres disciplines sportives remportent des médailles d’or sur le continent sans faste et accueil à la dimension des footballeurs ivoiriens.
« Le sport est une locomotive pour vendre l’image du pays à l’extérieur, ne frustrons pas les autres sportifs, une médaille d’or en vaut une autre, le sport n’est pas que le football, il faut qu’on ait la reconnaissance de l’Etat » recommande Lucienne.
Poursuivant son coup de gueule, elle estime que « le sport au féminin en Côte d’Ivoire baisse, les quelques sportives qui sortent du lot sont celles qui se sont accrochées à leur rêve » et révèle que « je n’encourage même pas mes deux enfants, des garçons, à la pratique du sport, j’ai été frustrée, bafouée, je mise sur les études classiques pour ma progéniture » le coach national de saut en hauteur.
Lucienne N’da s’accroche durement à son rêve d’un possible réveil de cette discipline dans son pays même s’il « manque de mousse d’entraînement ».
« Nous travaillons avec une petite mousse scolaire » affirme Lucienne qui a réussi à mobiliser des enfants passionnés de cette discipline.
Elle a en projet «  la construction d’une académie afin de permettre à tout ce qui est sportif de se développer, faire de l’alphabétisation car nous avons beaucoup d’enfants dans les rues pétris de talent et servir de cadre de mise au vert avec piscine, dortoirs, des salles de classe, un gymnase ».
Lucienne N’da, l’amazone baoulé qui ne rêve que de transmettre son savoir-faire et se réjouit aujourd’hui plus qu’hier, de ce qu’elle a fait pour la Côte d’Ivoire. Et reconnaissante, elle ne cesse de témoigner gratitude au couple Henri Konan Bédié, un grand homme d’Etat qui aurait voulu lui effacer la tâche noire de son cursus sportif. Malheureusement le coup d’Etat du 24 décembre 1999 n’a pu favoriser la tenue de cette promesse. Partie remise semble avoir dit le sort.
Adam’s Régis Souaga
 
 

 
N'da Lucienne
Naissance: 6 Juillet 1965
Nationalité: COTE D'IVOIRE